COINTELPRO (suite)

Publié le par hort

A quoi ressemble un traître ?

 

Contrairement à la croyance populaire, la personne africaine qui trahit la communauté africaine ressemble exactement à vous et moi. Ils n’ont pas de cornes ni de queue rouge et fourchue. C’est ce qui rend le traître si utile à notre ennemi et qui lui permet de réussir si bien ; ce sont vos voisins, vos amis, vos collègues de travail, vos amants, vos frères, vos frères, vos parents, vos enfants, vos proches et vos connaissances, vos camarades en politique ou dans vos clubs. Ce sont des gens normaux qui pour une raison ou une autre croient ou espèrent qu’il sera de leur intérêt de vendre ou de donner de l’information à l’ennemi, de vendre ou de livrer un individu ou un groupe, de travailler à neutraliser ou à miner le travail d’individus ou de groupes, à l’intérieur de notre communauté. Certains d’entre eux ne perçoivent aucun avantage visible en retour, tandis que d’autres connaîtront immédiatement une amélioration de leur sort : promotion, argent, meilleur poste de travail, installation dans le rôle même qu’avait la personne trahie à la tête de l’organisation, ou en tant que porte-parole, etc.

 

Cointelpro a-t-il atteint ses objectifs ?

 

Il faut reconnaître que les objectifs ont été largement atteints, dans le domaine de la neutralisation du mouvement nationaliste africain pour la liberté. Tous les moyens pour le détruire, légaux et illégaux, ont été utilisés.

Ils ont appris de la destruction de l’UNIA sous la direction de Marcus Garvey combien il est facile de démolir une énorme organisation simplement en faisant tomber la tête. L’idée de convoquer pour une convention annuelle une organisation forte de millions de personnes parce que l’un de ses membres est en prison est, à mon avis, parfaitement ridicule. Mais cela a montré le chemin qu’emprunterait l’ennemi pour décimer notre mouvement : éliminez les leaders, achetez-les, discréditez-les, enfermez-les, déportez-les, isolez-les et tuez-les.

Si seulement nous avions appris les leçons de nos expériences antérieures. Nous avons besoin de réévaluer la notion de direction dans la communauté globale, et sa relation avec le libre choix. Mais il n’est pas trop tard pour apprendre. Nous avons le pouvoir de nous libérer nous-mêmes. Nous sommes le pouvoir.

 

Examinons les objectifs de nos ennemis :

 

1) Empêcher la convergence des groupes militants noirs nationalistes. L’union fait la force, c’est une banalité qui est plus que jamais d’actualité. Une convergence effective sera la première étape pour un véritable « Mau Mau » en Amérique, le début d’une véritable révolution noire.

Nos ennemis ont réussi, car il n’y a pas la moindre unification, et d’ailleurs il n’y a pratiquement plus de groupes militants du tout, et là où il y en a, ils sont en guerre les uns contre les autres et prétendent être les seuls à exister.

Cet état de choses lamentable n’est pas le fait du hasard, et ce n’est pas par accident qu’il se prolonge. Le fait que la majorité des Africains qui sont dans des organisations se situent en accompagnateurs du mouvement et non en leaders rendait assez facile la division entre les chefs.

 

2) L’objectif « empêcher l’apparition d’un messie qui pourrait unifier et électriser le mouvement militant noir nationaliste » a été le plus spectaculaire, tant par sa réussite complète que par la façon dont cela s’est fait. Malcolm X a été tué par eux avant même qu’ils aient formulé leur décision. Martin Luther King a été tué à partir du moment où il a commencé à se dire que la non-violence n’était pas la solution à tout. Malgré son âge, Elijah Muhammad s’est trouvé hors du coup à partir du moment où il s’est éloigné du nationalisme africain militant et plus proche de l’idéal du FBI en termes de « citoyens utiles… importance du facteur religieux… et recherche sur soi ». Carmichael (Kwame Tur), Cleaver et tant d’autres ont été neutralisés par l’exil. Newton, Pratt, Dhoruba et des centaines d’autres ont été emprisonnés. Fred Hampton, Mark Clark, George Jackson et bien d’autres ont été assassinés.

Certains de ceux qui le suivent ont défendu l’idée que Louis Farrakhan est ce messie dont parle le FBI, mais l’Etat ne le considère pas ainsi. Il énerve les juifs, qui voient son programme économique comme une menace pour leur base, les clients consommateurs, mais sa philosophie conservatrice, réformiste, basée sur la religion, l’Amérique moyenne qu’ils ciblent dans une optique marchande, n’est nullement militante, et relève plus du pan-arabisme que du pan-africanisme. L’Europe Globale sait très bien qu’il ne risque pas d’unifier ni de galvaniser l’esprit militant de la jeunesse africaine globalisée et de la mener à l’action révolutionnaire.

Je dois ajouter que je ne crois pas que la « mentalité messianique » soit utile le moins du monde dans notre recherche d’autonomie. Le jour où Farrakhan décidera, s’il le fait un jour, de diriger un mouvement révolutionnaire pan-africaniste, il se fera tuer. Nous n’avons pas besoin de leaders ou de messies, mais d’instructeurs révolutionnaires qui nous inspireront pour construire des structures sociales dans lesquelles tout Africain est aussi important qu’un autre, et où chacun de nous est un élément aussi vital qu’interchangeable, dans un tout qui nous soude entre nous.

 

3) Le troisième point dans les objectifs à atteindre était de « prévenir la violence issue de groupes nationalistes noirs ». Ils disent que c’est leur but le plus important et c’est « bien sûr » le but de leur activité de tous les jours. Et comment est-ce qu’ils s’y prennent ? Ils encouragent la violence entre individus, entre factions et entre les groupes. Il leur est bien égal que les Africains soient violents, en fait ils adorent ça, tant que nous tournons nos armes contre nous-mêmes. Ils fournissent pour cela les armes, le motif, et les cibles. Et ils utiliseront toutes les formes de violence à tous les degrés, s’ils les trouvent nécessaires pour atteindre leurs objectifs.

La violence qu’ils tentent d’empêcher est d’un autre genre, qui leur donne des cauchemars quand ils dorment : c’est la violence de la revanche et de la libération.

Pourquoi, enfin, ont-ils si peur des Africains ? C’est naturel et inévitable. Vous ne pouvez pas passer des centaines d’années à convaincre chacun, y compris vous-même, de la nature bestiale et violente des Africains sans développer une authentique peur paralysante de ces mêmes Africains. Rien ne fait plus peur à un Européen qu’un Africain en colère, sauf, peut-être, une Africaine en colère.

 

4) Empêcher les groupes nationalistes noirs et leurs dirigeants de gagner en respectabilité, en les discréditant auprès de trois secteurs séparés de la communauté. Combien d’entre vous peuvent honnêtement affirmer qu’ils connaissent une organistion militante qui envisage la violence comme moyen de résoudre notre problème de libération et qui soit respectée par la communauté africaine ?

 

5) Empêcher le développement de grandes organisations noires nationalistes, particulièrement parmi la jeunesse. C’est parce que ce but a été atteint que nous ne pouvons pas répondre positivement à la question précédente.

 

Que faire contre Cointelpro et ses agissements  en Angleterre ?

 

Il est très difficile de prendre des mesures contre des actions clandestines. Les initiatives qui relèvent de la contre-insurrection ne sont pas faciles à identifier, même pour ceux qui peuvent en subir les effets terrifiants ou définitifs. Une autre raison qui fait qu’elles sont difficiles à détecter et à détourner, c’est que lorsqu’elles utilisent les services de membres de la communauté visée, personne ne veut croire que ses amis les plus proches, ses collègues ou les gens de sa propre famille peuvent être des traîtres.

 

Et pourtant, trop d’entre eux le deviennent, et dans la mesure où les activités masquées dépendent entièrement du secret pour réussir, notre meilleure arme contre eux consiste à les démasquer. C’est très délicat pour nous. Comment pouvez-vous convaincre de quelque chose que seuls vous et un très petit nombre de gens peuvent voir ou ressentir ?

 

Geronimo Pratt, qui a été relâché après plus de 25 ans de prison, dit qu’il sait que c’était le FBI qui rôdait autour de lui et qui faisait différentes choses, mais quand il dit à certaines personnes ce qu’il pensait, on le prit pour un fou. Certains dirent qu’il faisait juste un accès de délire narcissique.

 

J’ai eu le même type de réponse choquée dans certains cercles. Par exemple, je parlais à quelqu’un d’une sœur appelée Dorothy qui avait réussi à miner avec succès le programme culturel (CAP) au point de faire quitter le CAP à toutes les femmes afin de constituer leur propre organisation. Cela se termina exactement deux semaines plus tard lorsqu’elle ne revint pas pour la seconde réunion. La personne avec qui je parlais me dit : « elle ne pouvait pas être un agent, elle était trop insignifiante. Elle n’était pas bien dans sa tête. »

 

La première chose que nous avons à faire pour nous protéger en tant que communauté, c’est de tenir compte du fait que la plupart des meilleurs agents sont en fait des gens tout à fait ordinaires et insignifiants. Ce qui les rend importants, c’est le travail qu’ils font, et les effets destructeurs qu’ils peuvent avoir sur une communauté entière pendant des générations.

 

En second lieu, toute personne africaine qui trahit notre communauté ne peut jamais « être bien dans sa tête ». Le critère pour devenir traître à la communauté africaine n’a jamais été, et ne sera jamais, l’équilibre mental. Je défie quiconque de me prouver comment une personne aussi destructrice d’elle-même, aussi limitée dans ses calculs, peut être saine d’esprit.

 

Précautions pratiques

 

Créez un entourage ouvert, fondé sur la vérité. Discutez chaque sujet ouvertement avec chaque membre de l’organisation. Traitez les divergences et les contradictions apparentes ouvertement de façon à ce qu’elles ne puissent pas être capitalisées de façon à engendrer des frictions et des conflits à l’intérieur de l’organisation ou entre les différentes organisations. Cointelpro fait ses plus gros dégâts dans les organisations où règne le secret.

Là où personne ne sait ce que les autres font, chacun peut faire n’importe quoi à n’importe qui, et personne ne le saura. Mais lorsque chacun sait ce que chacun fait, personne ne peut rein faire à personne sans que chacun le sache.

 

Avant d’entreprendre une action à partir d’une information révoltante (lettre, fax, appel téléphonique, e mail, rumeur, commentaire insinuant) assurez-vous d’abord de son authenticité, sans tenir compte de l’urgence avec laquelle votre réponse est sollicitée. Cela pourrait vous coûter la vie, ou coûter la vie à d’autres. Si l’information est telle que la personne ou les personnes concernées ne devraient pas être approchées directement, trouvez une authentification auprès de trois sources indépendantes pour commencer. Ensuite, agissez de façon décidée.

Ne soyez pas trop pressé de révéler qu’une personne suspecte est un agent. Critiquez donc plutôt ouvertement et discutez les actions de la personne, ce qu’elle fait et ce qu’elle dit. Une conduite négative, destructive, peut être due à bien des facteurs, y compris l’incompétence, et pas seulement la trahison.

 

Relevez tous les incidents inexplicables et ceux qui s’avèrent relever de l’intervention masquée, et informez-en le groupe tout entier.

Amenez les gens médisants à s’exprimer ouvertement. Défiez-les en présence du sujet, avec des témoins, si possible. Souvenez-vous : ceux qui s’adressent à vous pour calomnier des gens vous calomnieront auprès d’autres personnes.

Soutenez toute personne africaine qui se trouve en butte aux attaques de l’Etat, sans considérer ce qu’on dit qu’il ou elle a pu faire. Souvenez-vous, leur terroriste c’est notre combattant pour la liberté.

Par-dessus tout, centrez-vous sur les objectifs premiers de votre organisation, concentrez-vous, continuez à faire le travail qui vise à atteindre ces objectifs, et ne vous laissez pas distraire par la chasse aux fantômes et aux ombres.

Finalement, ne coopérez pas, n’encouragez aucune coopération avec des organismes locaux ou nationaux qui sont conçus pour priver de pouvoir la communauté, par exemple en informant les autorités ou la police au sujet de ce qui se passe dans leur voisinage ou en livrant des armes qui échappent au contrôle des gangsters locaux et de leurs contreparties en uniforme.

 

Que faire avec les traîtres ?

 

Il y a quelques années, en 1984, je discutais avec Omali Yeshitela, dirigeant du Parti Socialiste du peuple africain APSP) de ce qu’il faut faire avec les informateurs et les infiltrateurs. Il m’a dit : mettez-les au travail. Son raisonnement était que l’ennemi utilise ces gens-là pour découvrir ce que nous faisons et pour miner le travail, en nous empêchant d’atteindre nos objectifs. Donc si nous les mettons au travail pour le mouvement, ils se retrouveront en conflit direct avec les intérêts de ceux qui les payent. J’ai trouvé ce conseil très valable et je l’ai gardé à une place d’honneur au fond de moi-même, toutes ces années, même si c’était bien différent de ma propre position, parce que je considérais à cette époque que tous les traîtres devraient être éliminés.

 

Je ne sais pas si Brother Omali a complètement changé d’avis mais il reconnaît aujourd’hui qu’il y a des problèmes d’empressement très difficiles à surmonter. « L’une des choses que certains agents font dans les organisations, c’est de monter au front et d’annoncer : « Je vais faire cela, je vais me charger de ceci ». puis en ne faisant rien, ils sabotent l’organisation. Cela pourrait se produire souvent, mais si vous avez une organisation tolérante où les gens ne critiqueront pas les gens qui n’assument pas leurs responsabilités, ils auront tendance à couvrir ce sabotage… ils couvrent des gens qui peuvent soit avoir commis des erreurs soit représenter la police dans l’organisation. Ma position a changé quelque peu ces dernières années. Je continue à dire qu’il faut les éliminer, mais pas tout de suite. Je considère maintenant que les traîtres ( et ceux qui tirent profit de ses agissements) devraient d’abord  se voir retirer l’accès à tout objet de valeur, matérielle ou sociale ; on devrait leur donner une occasion de réparer quelques-uns des dégâts occasionnés par  leur comportement, puis les évaluer cliniquement pour décider s’ils sont finalement candidats à une rééducation ou à l’extermination.

 

Le chemin à suivre

 

La plupart des Africains qui parlent d’unité parlent à partir d’un ou deux types de caractère, celui dont ils relèvent. Ou bien ce sont des gens qui rêvent de voir tout le monde uni sous leur commandement, ou bien ce sont plutôt des gens dociles qui attendent l’arrivée du messie, ou qui se demandent pourquoi tout le monde ne suit pas celui qu’ils considèrent le leader, comme eux. Souvent ils vont faire obstacle, et miner l’action révolutionnaire là où d’autres refusent d’abandonner leurs propres principes et objectifs au nom de l’unité. Mais la seule base pour l’unité, c’est la similitude des objectifs, ou leur spécificité.

 

L’Europe globale a appris beaucoup de notre histoire commune. Nous devons faire la même chose. Nous avons besoin d’explorer l’idée de désorganisation organisée. Au lieu d’attendre le messie ou d’essayer d’en produire, nous devons nous mettre d’accord sur un objectif et laisser chacun aller de l’avant et faire ce qu’il veut dans le sens de l’objectif fixé. Dans ce cadre, chaque personne a l’obligation d’assister les autres, chaque fois que c’est possible, et à tous les niveaux où des choses se font dans le sens de notre objectif déclaré parce que c’est leur responsabilité, individuelle et collective, et qu’ils doivent absolument l’assumer. Le seul moyen pour empêcher cet objectif d’être atteint, c’est d’abattre chaque individu engagé dans l’action. Au lieu de tenter de bâtir une coalition d’organisations militantes, je suggère que nous construisions une nation d’individus militants.

 

Un mot pour finir, pour « ceux qui récolteront les fruits » de l’action. Il y a deux genres de militants au service de la communauté : « ceux qui secouent l’arbre » et ceux « qui récoltent les fruits ». les premiers, ce sont les révolutionnaires, ceux que d’autres appellent les fauteurs de trouble. Les seconds sont ceux qui se donnent pour rôle de vous représenter, pour rafler les bénéfices quand les oppresseurs sont acculés grâce à l’action des premiers, sont obligés de faire quelques réformes et concessions. Mon message pour « ceux qui récoltent » est le suivant : il faut qu’ils apprécient plus justement et qu’ils protègent efficacement « ceux qui secouent », et qu’ils arrêtent de faire les girouettes, parce qu’il n’y aura aucun fruit à récolter pour eux sans l’action des premiers. Merci.

 

Références:

Churchill, Ward and Vander Wall, Jim, COINTELPRO Papers: Documents from the FBI's Secret Wars Against Dissent in the United States, South End Press, 1990, Boston, MA, p92

Goldman, Peter, The Death and Life of Malcolm X, Victor Gollancz Ltd., 1974

Aset, Duff, K., Police Raids, in Global Africa Pocket News, Vol.1 #4 1994

R. Spartacus, The Human Value, Sukisa Publications, 1987

Lewis, Rupert, Marcus Garvey: Anti-Colonial Champion, Karia Press, UK, 1987

Cleaver, Kathleen, Former BPP Information Officer, video interview, "The FBI's War on Black America" by Ellis, Deb and Mueller, Denis, 1989

Goree, Jamaal, and Suzar, Innervision vs. Tel "Lie" Vision (Mind Control vs. Self Control) on "Higher Consciousness", Radio KPFK Los Angeles, 9.9.97

R. Spartacus, Leadership and Selt:Determination in Global Africa Pocket News, vol.1 #6, 1994

http://www.accessone.com/~rivero/POLITICS/COINTELPRO/USDomCovOps1.htm
http://www.accessone.com/~rivero/POLITICS/COINTELPRO/cointelpro-methods.htm
http://www.accessone.com/~rivero/POLITICS/COINTELPRO/bpcb
http://www.international.org/geronimo.htm

 

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