La souveraineté et l'autosuffisance alimentaire s’imposent en Afrique après les emeutes de la faim
| Crise alimentaire. Quand l’internationalisation des marchés relance le débat sur l’autosuffisance alimentaire par Stella Ayoko Dosseh | |
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De cette théorie a découlé une série de mesures censées permettre à la mondialisation de devenir une force positive pour le continent : libéralisations multilatérales, préférences tarifaires, etc… Et si les pays africains ne représentent qu’une part marginale dans le commerce international, comme on ne cesse de nous le rappeler, ils n’en sont pas moins touchés par les dysfonctionnements qui s’y opèrent. Dernier en date, la crise des subprimes, combinée à la crise pétrolière, tenus pour principaux responsables de la crise alimentaire qui se profile. Voyons comment, en matière de denrée alimentaire, les choix d’hier se répercutent aujourd’hui sur nos pays et relancent le débat sur l’autosuffisance.
Ces deux dernières années, la montée des prix du pétrole, due en grande partie à une demande qui outrepasse les capacités de raffinage et d’offre, a été stupéfiante. Impuissants face à cet état de fait, les pays importateurs de denrées alimentaires en subissent le contre coup au travers d’une hausse de leurs coûts de production qui se répercute sur les prix des dites denrées. Mais d’autres facteurs se sont également avérés fatals, conduisant inévitablement à une hausse des prix des denrées alimentaires, si vitales pour l’Afrique. Car malgré la richesse de nos terres, l’Afrique est un importateur net de denrées alimentaire depuis 1960.
Sans surprise, on trouvera des explications en remontant à l’époque de la colonisation. Dans l’élaboration des stratégies économiques, les choix effectués alors pèseront sur le continent pour des décennies. En effet, la domination occidentale a alors eu pour conséquence de spécialiser le continent dans la production de denrées et minerais nécessaire uniquement aux métropoles européennes et de désenclaver des villages, conduisant ainsi à un exode rural massif. Au terme des mouvements d’indépendance, les cultures d’exportations resteront majoritaires. L’agriculture fait alors l’objet de peu d’attention de la part de nos gouvernements. Prix faibles, peu de protection sociale, pas de facilité au crédit, semblent encore une réalité.
Alors il est vrai que l’on peut blâmer les institutions internationales quant aux théories élaborées pour le continent. La Banque Mondiale, forte de ces statistiques, avait depuis longtemps conscience qu’une crise alimentaire se profilait. Parallèlement, ses fonds en direction des projets agricoles passaient de 30% de ses aides en 1980 à 12% l’année dernière. Mais après plus de 30 ans d’aide multilatérale, force est de constater que des ajustements méritent d’être apportés. Peut-on encore se reposer sur l’aide multilatérale et sur les bailleurs de fonds, pour nourrir nos populations ? Non, c’est la réponse que l’Erythrée nous renvoie en refusant volontairement toute aide…Un geste fort…si ce n’est que le pays est loin de l’autosuffisance et prend ses habitants en otage.
Dans les années 1980 et 1990, la politique reste la même, les travaux d’économistes directement rattachés à la Banque Mondiale, tels qu’Anne Krueger [1] , systématisant l’approche selon laquelle il faudrait privilégier les exportations. Et bien des gouvernements suivront, tantôt sous pression, tantôt de plein gré, ces recommandations tirées de théories économiques néoclassiques, dont la matrice n’attribue pas de place spécifique aux pays en développement. D’où une spécialisation de nos agricultures dans des biens d’exportations (café, cacao, thé, coton). Le Sénégal, pays agricole, dépend à 80% des importations pour s’approvisionner en riz, 70% des besoins alimentaires de la Mauritanie seraient également pourvus par les importations, en Guinée Bissau, la faible disponibilité des biens alimentaires sur les marchés locaux oblige certaines populations à se ravitailler dans les pays frontaliers.
La souveraineté alimentaire s’impose. Cette dépendance à l’égard des importations se révèle très dangereuse étant donnée l’imprévisibilité des marchés des biens alimentaires. C’est ainsi que la conjonction de divers facteurs amène bien des gouvernements à reconsidérer l’autosuffisance comme objectif nécessaire. Revenons sur ces facteurs de manière succincte. Hormis la dépendance alimentaire que l’on vient d’aborder, la formidable hausse du pétrole est à plusieurs égards, un élément, si ce n’est déclencheur, tout du moins accentuant la crise alimentaire. Prenons l’exemple du riz, dont le Vietnam, la Thaïlande et l’Inde sont les plus grands exportateurs mondiaux en direction de l’Afrique. Sa production, son stockage, son acheminement vers les marchés nécessiteront une énergie dont le coût, corrélé au prix du pétrole est sans cesse en augmentation. Autre facteur, les fortes intempéries ayant eu cours en Asie du Sud-est ont provoqué une baisse de la production, à laquelle on peut aussi imputer la hausse des prix.
Mais les anticipations des acteurs sur le marché du riz ne font qu’amplifier le phénomène. Un trader parisien expliquait que devant la situation, et afin d’obtenir de meilleurs prix, certains vendeurs thaïlandais de riz retenaient volontairement leurs stocks. Certains gouvernements, par peur d’une pénurie sur leurs marchés locaux décident même de mettre en place des restrictions aux exportations, ou même des interdictions pure et simples. Dépendance, crise pétrolière, spéculations, production de bio-carburants…le prix des denrées alimentaires est loin d’être une valeur stable.
Pour ces raisons, de nombreux gouvernements se penchent sur les thèses relatives à la souveraineté alimentaire. Car si nos pays peuvent nourrir leurs populations sans avoir recours à l’aide alimentaire ou aux importations massives, ils seront à l’abri de ce type de crise à la fois structurelle et conjoncturelle. Structurelle car le jeu de l’offre et de la demande, de la « main invisible » a des portées qui pour l’heure nous dépassent. Conjoncturelle car qui de nous peut prévoir des intempéries ou autres dysfonctionnements ? Comme dit plus haut, notre terre est riche et a un potentiel inexploité. Au sud du Sahara, 130 millions d’hectares de bas fond seraient disponibles, et seuls 3,9 millions seraient exploités. Les perspectives 2080 [2] du potentiel agricole font état de près de 500 millions d’hectares de terres aptes à très exploités en Afrique, contre un peu plus de 200 millions d’hectares de terres cultivées en 1994-1996 (cf portfolio).
L’heure est donc au déblocage de crédit pour nos agriculteurs, qui, en comparaison avec ceux de l’Occident, font encore très peu l’objet de subventions. Augmenter la production de biens alimentaires à destination de la population locale au travers de pratiques agricoles efficaces est un point de départ. Pour se faire, des « amitiés » se font et se défont sur le continent. La Côte d’Ivoire par exemple, fervent défenseur de la souveraineté alimentaire [3], se proposait déjà en 2002 d’offrir ses compétences à la Guinée Equatoriale en matière d’agriculture. Depuis plus de six mois, des experts agronomes chinois ont élaboré et mis en place un plan de formation sur la culture du riz dans le bassin du fleuve Sénégal. Mais produire plus et mieux ne saurait suffire, les gouvernements se doivent également de mettre en place les infrastructures nécessaires pour acheminer les marchandises jusqu’aux marchés.
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http://www.michelcollon.info/
| Biocarburants et crise alimentaire |
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| Salim Lamrani 22 avril 2008 |
| Les émeutes de la faim se sont multipliées à travers le monde suite à la flambée des prix des matières premières alimentaires et se sont révélées particulièrement meurtrières. Les populations du Tiers-monde, écrasées par un système économique irrationnel et insoutenable, ont exprimé leur colère sur tous les continents, que ce soit à Haïti où le Premier ministre a été démis de ses fonctions, aux Philippines ou en Egypte. Plus de 37 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine représentant un total de 89 millions de personnes sont directement affectés par la crise alimentaire1. Mais il ne s’agit malheureusement que du début. | |
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| Jacques Diouf, directeur général du Programme alimentaire mondiale des Nations unies, a mis en avant les facteurs qui ont conduit à cette hausse subite des prix, à savoir une baisse de la production due au changement climatique, des niveaux de stocks extrêmement bas, une consommation plus grande dans les économies émergentes telles que la Chine et l’Inde, le coût très élevé de l’énergie et du transport et surtout la demande accrue pour la production de biocarburants2. | |
. Jean ZIEGLER, la faim du monde
Comment les politiques cyniquement imposées par Banque Mondiale et FMI depuis des décennies, comment la spéculation financière qui se réfugie sur les produits alimentaires de base, comment la transformation de l’agriculture au profit des agro-carburants, comment la combinaison de ces politiques imposées par les gouvernements des pays riches, entraînent famines et émeutes dans des dizaines de pays
Cliquez ici pour écouter l'émission du 18 avril 2008
La famine mondiale
http://www.mondialisation.ca/