Walterio Carbonell, grand batailleur, vient de mourir à Cuba et va rejoindre son Ba (read in English)
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Walterio CARBONELL ou la force des ancêtres
Maria Poumier,
Paris, le 14 avril 2008.
Walterio CARBONELL vient de mourir à Cuba, au terme d’une longue vie de batailleur.
Après ses études à Paris, à la Sorbonne, il se distingua dans la presse cubaine comme journaliste spécialisé dans l’international ; ami personnel de Fidel Castro, de son frère Raúl et du « Che » Guevara, il insiste auprès d’eux pour que soit pris en compte le point de vue des noirs dans le programme de la Révolution dès 1959. Il est nommé ambassadeur en Tunisie, puis revient à ses recherches d’historien de Cuba, où les noirs et métis, confondus, représentent depuis le milieu du XIXème siècle entre 30 et 60% de la population. Cette proportion, remarquablement stable, donne à la pensée noire cubaine une présence, une continuité et une souplesse uniques dans le dialogue avec la classe dirigeante, qui reste très blanche.
Walterio Carbonell est l’héritier et le continuateur de l’œuvre de toute une lignée d’hommes d’action et de penseurs cubains noirs : avant même l’époque des guerres d’indépendance bolivariennes en Amérique du sud, le dirigeant noir José Aponte (martyrisé en 1812) avait établi des liens avec Haïti, le sud des Etats-Unis et la Jamaïque, instaurant pour Cuba un projet de société démocratique, comportant nécessairement abolition de l’esclavage, indépendance et communauté des intérêts caraïbéens. Puis le général Antonio Maceo (mort au combat en 1897) sut mobiliser la population noire et modeste en général pour les guerres d’indépendance contre l’Espagne, de 1868 à 1898, et fut reconnu par les autres militaires et penseurs de l’indépendance comme la personnalité indispensable, à la fois sur le plan militaire, et pour donner son équilibre et son élan à la nouvelle société. Pendant la première moitié du XXème siècle, l’idéologie ségrégationniste états-unienne gagna du terrain, parallèlement avec l’emprise économique et maffieuse des Etats-Unis, avec des épisodes de répression féroce (1912) ; mais ce processus de mutilation de la nation fut bloqué par le patient travail des intellectuels noirs (Gustavo Urrutia, Juan René Betancourt) d’une part, et de la classe ouvrière sur les plantations sucrières (Jesús Menéndez) ainsi que dans les différents secteurs de l’industrie (Lázaro Peña, dans les manufactures de tabac), très majoritairement noirs ; ceux-ci à leur tour, donnaient leur assise solide aux combats et aux publications des intellectuels communistes les plus prestigieux (Julio Antonio Mella, Nicolás Guillén, Juan Marinello).
Walterio Carbonell envisageait de consolider les fondements de la révolution cubaine avec un mouvement comparable à celui des Black Panthers. Il publia en 1961 un volume qui reflète l’intense affrontement entre la réflexion de la base et celle des idéologues continuateurs de l’interprétation blancobiblique de l’histoire cubaine (Jorge Mañach, Raimundo Menocal), qui, tout en acceptant les nationalisations, les lois de réforme agraire et de réforme urbaine, tentaient avant tout de légitimer et de préserver les intérêts traditionnels des propriétaires ; Cómo se forjó la cultura nacional devint bientôt un livre mythique par la force de son argumentaire, mais un livre introuvable (réédité de façon confidentielle en 2005, il est disponible en français depuis 2007, aux éditions Menaibuc www.menaibuc.com , sous le titre L’apparition de la culture cubaine). L’auteur, marginalisé et stigmatisé depuis lors, resta cependant chercheur à la bibliothèque nationale de La Havane jusqu’à ces toutes dernières années, et c’est à ce poste qu’il a transmis -par la parole- à des générations de chercheurs son expérience, sa méthode, ses connaissances, ses convictions. Le groupe « Color cubano » (coordination : Gisela Arandia ; voir en anglais : www.cubaweb.com/arandia ) donne désormais une visibilité certaine au sein de l’union des écrivains cubains (UNEAC) aux idées défendues par Walterio Carbonell, ainsi que de nombreux centres de recherche dans tout le pays. (Voir : http://www.grioo.com/blogs/guyzoducamer/index.php/2007/06/08/1990-lafrique-et-les-afrodescendants-actions-concretes-de-solidarite-necessaires ).
L’Apparition de la Culture Cubaine, par Walterio Carbonell, (« Cómo se forjó la cultura nacional », La Havane, 1961) est un livre fondateur; il offre une méthode valable bien au-delà de Cuba, pour rendre à la part africaine de chaque société -du continent européen comme du continent latino-américain- sa place et son sens. Ce faisant, il fait une critique radicale de l’historiographie blanche, qu’elle soit bourgeoise ou se croie révolutionnaire. Ce n'est pas un hasard s'il insiste sur deux hauts lieux de la créativité africaine : la famille et la musique. Et il rend à la religion toute sa dignité, comme source de la cohésion sociale et de la créativité, mais aussi comme outil de combat et porte de toute connaissance (www.menaibuc.com ).
Lire plus sur Walterio Carbonell
The Passing of a Black Giant in Cuba: A Tribute to Walterio Carbonell
http://vidaafrolatina.com/The_Passing_of_a_Black_G.html
April 15, 2008
Widely regarded as the father of a Black Consciousness movement in Cuba, the Cuban ethnologist and historian, Walterio Carbonell, died on Sunday, April 13, 2008, at the age of 88. For Cuba, whose Black population now comprises 62 percent of the total, it is a great loss. Carbonell was regarded as one of the most profound Cuban intellectuals for the latter half of the 20th century. His work, On the Origin of National Culture, published in Havana in 1961 but immediately banned by the Castro regime, made him an instant icon to Black Cuban racial dissidents. The book was published in France only a few weeks ago.
His searing criticism of the Cuban regime’s handling of the racial question, caused him to be arrested in 1968 and interned in a hard labor camp for years. Released, he was interned again, but this time in a psychiatric institution where his health was permanently damaged. In declining health ever since, the government nonetheless continued to fear his influence over a younger generation of dissident Blacks who grew up ignorant of his works. He was literally rediscovered in Cuba three years ago, when, in 2005, the foreign press mistakenly and prematurely announced his death, causing a minor uproar that plucked him out of obscurity.
His discreet burial, on Monday, April 14, before some 50 aggrieved friends and relatives, had an ironic twist: among the wreaths laid on his grave, one was from Communist Party chief, Fidel Castro, and another from President Raul Castro, a fact that many of his followers were quick to read as a post-mortem attempt at co-optation.
Dr. Carlos Moore, a Cuban anthropologist and political scientist who resides in Brazil, has been a vocal critic of Cuban's racial policies for over four decades. A former professor at the University of the West Indies in Trinidad, he is the author of “Castro, the Blacks and Africa, ” “ This Bitch of a Life,” the biography of Nigerian legend Fela Kuti, and his own autobiography, “Pichón: A Memoir of Race and Revolution in Castro´s Cuba,” which will be published in fall 2008 by Lawrence Hill Books/Chicago Review Press. Dr. Moore can be reached at carlosmoore61@yahoo.com.
More about Walter Carbonell
http://www.afrocubaweb.com/walteriocarbonell.htm
http://www.caribefolk.com/cgi-bin/pg-shoppro.cgi?ORD=viewproduct&id_product=2163&id_category=18 (en francais)