Le Tchernobyl Antillais
Des pesticides à l'origine d'un "désastre sanitaire" aux Antilles françaises
17/09/07 PARIS (AFP)
L'utilisation massive de certains pesticides a provoqué un "désastre sanitaire" aux Antilles françaises, mettant en danger l'ensemble de leur population, selon un rapport qui a amené lundi le ministre de l'Agriculture Michel Barnier à juger la situation "très grave".
L'utilisation massive de certains pesticides a provoqué un "désastre sanitaire" aux Antilles françaises, mettant en danger l'ensemble de leur population, selon un rapport qui a amené lundi le ministre de l'Agriculture Michel Barnier à juger la situation "très grave".
La Martinique et la Guadeloupe traversent "une crise extrêmement grave liée à l'utilisation massive de pesticides depuis de nombreuses années", selon le rapport du cancérologue Dominique Belpomme, qui doit être rendu public mardi et dont l'AFP a obtenu une copie. Pour ce professeur, le taux des cancers de la prostate est "majeur" aux Antilles, tandis que le taux de malformations congénitales a augmenté et que les femmes font moins d'enfants qu'il y a 15 ans.
Des évolutions qui selon le professeur seraient dues au chlordécone, même si les scientifiques n'en ont "pas encore la preuve épidémiologique". La durée de fixation du chlordécone est "de l'ordre du siècle", a déclaré le cancérologue au quotidien Le Parisien, ajoutant qu'"en Guadeloupe, on a pu démontrer que toutes les femmes enceintes et que tous les enfants qui naissaient étaient contaminés au chlordécone".
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a tenté de relativiser la portée du rapport, en estimant qu'il "pose des questions" et "n'apporte pas de réponse formelle". Ces "inquiétudes ont besoin d'être confirmées par des études scientifiques de haute qualité", a-t-elle ajouté. "Nous traiterons la question du chlordécone avec la plus grande transparence", a assuré M. Barnier, pour qui l'occasion se présente de replanter des bananes "avec peu ou pas de pesticide" et "d'aller vers la banane zéro pesticide".
Le chlordécone, un insecticide qui fait partie des pesticides organochlorés, a été interdit en France en 1990 avec une mise en application en 1992. Les producteurs antillais ont obtenu un délai juqu'en 1993, a déclaré à l'AFP Christian Choupin, directeur général des producteurs de bananes de Martinique et de Guadeloupe. Depuis, le chlordécone, dont l'action dans le sol peut perdurer "une centaine d'années" reconnaît M. Choupin, a été remplacé par des "pièges à phéromones" qui attirent les charançons femelles.Les stocks de chlordécone, que certains agriculteurs avaient conservé dans leurs remises, ont tous été détruits en 2002, assure M. Choupin.
Une autre produit, l'herbicide paraquat, utilisé pour les planteurs et dénoncé dans le rapport, est interdit depuis cet été, rappelle-t-il. Selon le Pr Belpomme, le paraquat "est au moins aussi redoutable que le chlordécone". Mais les producteurs antillais, qui réclament une "véritable" étude scientifique de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFFSA), se sont "insurgés" contre le rapport du cancérologue qui n'a pas selon eux "de contenu scientifique".La production antillaise de bananes est en moyenne de 260.000 tonnes par an (210.000 en Martinique et 50.000 en Guadeloupe). Le chiffre d'affaires de la filière, qui emploie 15.000 personnes, s'élève à 220 millions d'euros auquel s'ajoutent des aides européennes d'environ 130 millions.Le passage de l'ouragan Dean, le 17 août, a détruit la totalité de la production en cours de bananes en Martinique et de 50 à 60% en Guadeloupe.
Le Pr Belpomme a été à l'initiative de "l'appel de Paris", en mai 2004, qui estimait que "le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l'environnement".
L'Afsset chargée d'expertises sur pesticides, téléphone portable, Wifi
13/09/07 PARIS (AFP)
Pesticides, téléphone portable, Wi-Fi, fibres de substitution à l'amiante: l'Agence française de sécurité sanitaire et de l'environnement au travail traite des dossiers brûlants, mais les toxicologues expérimentés manquent et le budget reste limité, selon un bilan présenté jeudi.
Pesticides, téléphone portable, Wi-Fi, fibres de substitution à l'amiante: l'Agence française de sécurité sanitaire et de l'environnement au travail traite des dossiers brûlants, mais les toxicologues expérimentés manquent et le budget reste limité, selon un bilan présenté jeudi.
Avec "94 postes et demi", à 80% des scientifiques, et un budget "tout petit" de 20 millions d'euros, l'Afsset a surtout une "mission d'impulsion et de coordination de travaux commandés à d'autres établissements", a résumé sa directrice générale Michèle Froment-Védrine lors d'une conférence de presse.Et pour analyser, voire prouver des risques pour la santé, on manque en France de toxicologues "ayant du recul, avec dix ou quinze ans d'expérience", faute d'avoir pensé à temps à former de tels spécialistes, a-t-elle regretté, en présentant le rapport d'activité 2006.
Un observatoire des résidus de pesticides, avec un site internet (www.observatoire-pesticides.gouv.fr), a été mis en place et deux "études majeures" lancées, dans le cadre du plan d'actions 2006-2008, pour mesurer "l'imprégnation des populations" en résidus de pesticides d'une part et les "niveaux de contamination des aliments tels qu'ils sont consommés" d'autre part.
L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) doit examiner la contamination des aliments après préparation (cuisson...) comme à la maison. Les premiers résultats sont attendus fin 2007. L'Institut national de veille sanitaire (INVS) est chargé de la première étude -résultats prévus en 2008- visant à mesurer les résidus de pesticides ou leurs métabolites dans le sang, les urines, les cheveux. "Mais imprégnation ne veut pas forcément dire danger", a souligné Mme Froment-Védrine, d'où la nécessité de "fabriquer des toxicologues" capables de l'analyser.
Jardin familial, chasse aux cafards, aux moustiques ou aux poux exposent aussi à des pesticides ou biocides. Une animation doit être mise en ligne la semaine prochaine sur le site internet de l'Afsset pour mettre en garde les consommateurs.L'agence qui est aussi chargée d'évaluer la toxicité des "fibres courtes et fines d'amiante", a également formulé des recommandations concernant les fibres céramiques réfractaires classées comme "cancérogènes possibles".
Auteur de deux rapports contestés sur la téléphonie mobile publiés en 2003 et 2005, l'Afsset vient d'être invitée par les ministères de la Santé et de l'Ecologie à faire une nouvelle synthèse des connaissances sur les radiofréquences, et notamment la Wi-Fi. Il devrait être achevé fin 2008. "C'est un sujet très controversé", avec "beaucoup de lanceurs d'alerte", et une "composante émotionnelle très forte, les ondes ont toujours provoqué des peurs depuis le téléphone", a relevé Mme Froment-Védrine, précisant que le comité d'experts spécialisés, très critiqué par les associations, est "en cours de renouvellement".
"Il faut une expertise plurielle, traçable", il "ne peut pas y avoir un expert qui va dicter sa loi dans un rapport", a-t-elle insisté, précisant que les experts doivent déclarer leurs "éventuels conflits d'intérêt". Elle a aussi souligné la nécessité de mettre au point des appareils permettant de mesurer les rayonnements reçus. L'Afsset a déjà fait des recommandations "pour qu'il y ait des expositions le plus faible possibles" surtout pour les enfants par mesure de précaution", a-t-elle rappelé.
Les associations Priartèm et Agir pour l'environnement ont souhaité que le 3ème rapport soit "l'occasion d'afficher une véritable rupture avec les dysfonctionnements passés"
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