Où est l’OBAMA français ?

Publié le par hort

cerfom@yahoogroupes.fr

Au nom de l’équité

 8 Centre d’Etude et de Recherche des Français d’Outre Mer 
Maison des Associations

1, avenue François Mauriac 94000 CRETEIL

 

Quelle participation des Noirs aux Pouvoirs ? La dernière campagne électorale américaine s’est conclue le 4 novembre 2008 par l’élection d’un Noir à la présidence des Etats Unis d’Amérique. En France, cet évènement a suscité de toutes parts, une question dérangeante pour l’ordre établi, dans ses dimensions sociales, économiques et politiques :

 

Où est l’OBAMA français ?

 Dessin de Gado - Paru dans The Nation (Nairobi) Dans leur quasi-totalité, et avec une belle unanimité, les médias français (presse, radio, télévision, internet, etc…) se sont fait l’écho de cette interrogation. Dès lors, nous avons bénéficié d’une abondance d’articles de presse, de documentaires et de débats télévisés en même temps que s’organisaient de multiples conférences-débats, ou autres types de réunion sur le sujet. Ainsi, l’éclairage de l’actualité américaine a crument mis en lumière les archaïsmes de la société française, quand on la considère sous l’angle de la pluralité de sa population, et de la place qu’occupent les uns et les autres. En particulier, au niveau des instances du pouvoir politique, à l’échelle des dirigeants d’entreprises industrielles et commerciales, parmi les ténors des administrations, etc…, force est de constater que plus on s’élève dans les hiérarchies, plus les couleurs de peau sont très majoritairement blanches.


 A) L’Obama français ?

 Jurez-vous, Barack Hussein Obama, d'éradiquer la pauvreté et la faim, de vaincre la dépression économique, de donner du travail à tous, de mettre en place un système de santé universel, de mettre fin au réchauffement de la planète, d'instaurer la paix en Afghanistan, en Irak, en Afrique et au Moyen-Orient, afin que nous puissions tous vivre heureux pour toujours, avec l'aide de Dieu…" Dessin de Martyn Turner paru dans The Irish Times(Dublin) Ce serait un homme ou une femme susceptible d’être élu à la présidence de la République, à la peau « non blanche », et dont l’intelligence et les valeurs morales seraient époustouflantes. Nécessairement, à l’image de l’Original américain, l’OBAMA français incarnerait le renouveau économique, social, et politique de la France. Il serait porteur de l’espoir d’un avenir radieux pour chacun d’entre nous. Bien entendu, comme le Vrai, l’Obama français serait massivement admiré et ovationné par le peuple de France, toutes couleurs de peau confondues, voire par le monde entier. Par surcroit, comme de juste, son éblouissante aura rejaillirait sur l’Hexagone. En ce début d’année 2009, il faut se rendre à l’évidence : l’OBAMA français n’existe pas, ou alors, au mieux, il ne s’est pas encore révélé, peut-être parce qu’il en a été empêché. Aussi, la question qui s’impose est : comment rendre possible l’émergence d’un « OBAMA » sur le sol français ?

B) Le phénomène Obama

 

Ce qu’on appelle désormais, le phénomène OBAMA, est né, pendant la campagne électorale américaine de 2008, bien avant que l’élection ait eu lieu. Soit, un homme à la peau noire qui proclame haut et fort des valeurs universelles, et qui est entendu, approuvé, soutenu par des personnes toujours plus nombreuses, tant au niveau national qu’international. De fait, le contexte est favorable à cela : en 2008, la situation économique et sociale des Etats Unis est


catastrophique, et les Américains en ont plus qu’assez de la présidence de Georges W BUSH. Les Américains se sont montrés pragmatiques, et ils étaient prêts à essayer « autre chose », sous la direction d’un Président qui leur semblait crédible. Ce qui renforce le phénomène Obama, c’est son contraste avec l’intense ségrégation raciale qui sévissait aux Etats Unis, il y a cinquante ans, avec des différences sociales et civiques dont certaines perdurent encore aujourd’hui. L’élection de Barack OBAMA à la tête des USA est l’évènement mondial au travers duquel se prolonge le phénomène OBAMA. Nombreux sont ceux qui ont compris qu’en ce moment, c’est le cours de l’Histoire qui est en train d’être infléchi. Les réflexions, commentaires, critiques, etc,…ont jailli et fusent encore de toutes parts. Ces analyses sont faites par tous ceux (Blancs, Noirs, et Autres) qui ont accès à l’information et qui disposent également de la possibilité de s’exprimer publiquement. Il s’agit de disséquer cette inhabituelle poussée des Noirs sur le devant de la scène politique et sociale, à l’échelle du monde. Pour la France, dans la foulée, est survenue la récente et historique mobilisation de la Guadeloupe qui a entraîné derrière elle, celle de la Martinique, puis de la Réunion. C’est le 20 janvier 2009, jour de l’investiture de Barack OBAMA, qu’a démarré cette revendication sociale et sociétale, parce qu’ancrée dans l’esclavage des Noirs qui sévissait sur ces territoires, il n’y a pas si longtemps.

 

En 2009, pour la première fois, les tabous ont sauté, et les journalistes ont vraiment fait leur travail dans les départements d’outre-mer. Les médias, devançant les politiques, se sont fait les rapporteurs de la revendication en cours. Et, on a osé (enfin !) constater la différentiation des situations des Noirs et des Blancs. C’est là un évènement majeur qui est peut-être un des ferments de l’émergence de l’Obama français. En reconnaissant ce qui existe, de fait, l’Humanité s’octroie l’opportunité de pouvoir établir une véritable équité entre les Hommes. Aux Etats Unis, parce que la situation raciale était pire qu’en France, les constats de différence de traitement ont été faits depuis longtemps, et des mesures ont été prises.

 

C) Des obstacles à surmonter

 Que l’on soit Blanc ou Noir,(ou Autre ; mais il s’agit ici de considérer la situation des Noirs par rapport aux Blancs), il existe des vérités que chaque individu peut d’abord connaître, observer et/ou percevoir, puis identifier, et enfin, analyser. Citons :

 Le poids de l’Histoire

 Cette charge vient d’être mise en évidence au cours de la grève qui a paralysé la Guadeloupe durant 44 jours. L’esclavage des Noirs, qui a duré 400 ans, a été aboli en 1848 dans les colonies françaises, dans sa dimension physique. En principe, les Noirs retrouvaient la même liberté et les mêmes droits que les Blancs.  Dans les faits, nous venons d’avoir la démonstration que bien des chaînes mentales sont restées dans les têtes, et celles-là sont portées tant par les Blancs que par les Noirs.

 

Des préjugés alimentés par des références abusives

Ils aboutissent notamment au fameux plafond de verre qui empêche nombre de jeunes hyper diplômés d’accéder à l’ascenseur social. Sans même en être conscientes, beaucoup de personnes ont intégré les préjugés nés de la période de l’esclavage des Noirs. Car, afin de légitimer le traitement réservé aux Noirs, l’élite occidentale (culturelle, scientifique, religieuse, artistique), à compter du 16ème siècle, n’avait pas hésité à cataloguer l’Homme Noir comme un Etre intellectuellement inférieur (à l’Homme Blanc), placé sur l’échelle de l’Evolution des Créatures du monde, à un niveau intermédiaire entre l’animal et l’Homme (Blanc, évidemment). Ainsi, l’Homme occidental, blanc de peau, avec son raisonnement, ses références, sa culture, sa technique, en fait, tout ce qui le caractérise, a été identifié et reconnu comme la référence de ce qu’est l’Humanité. Ce cliché, transmis de génération en génération, a perpétué et perpétue encore trop son effet dévastateur au sein de la Société. Heureusement, cette vision erronée est dorénavant en net recul, et nous pouvons constater qu’elle s’étiole chaque jour un peu plus.

 

 La notion de diversité

Aujourd’hui, en France, de tous côtés, on s’attelle à promouvoir la diversité. Et c’est bien ! Mais, on peut tout de même remarquer au passage qu’il est déplorable d’être obligés de mener toutes ces actions pour rétablir un peu d’équité entre les hommes, car enfin, l’Humanité est une ! Il est couramment admis que les personnes faisant partie de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler « la diversité », sont de type non occidental ; c'est-à-dire, différentes de « la norme ». Cependant, il est surement utile de se demander en vertu de quoi l’Homme Blanc serait-il la norme ?

 

La distance qui sépare de l’Autre

Souvent, elle est associée à un désir de préserver une supposée et illusoire suprématie personnelle, ou un territoire d’influence particulier. En vérité, l’Autre incarne une sorte de différence dérangeante, et certains peuvent ressentir une appréhension à s’approcher de ces « Autres », alimentée par le poids des attitudes passées. Par exemple, la grande manifestation parisienne du samedi 21 février 2009, en soutien aux revendications de la Guadeloupe, a rassemblé des milliers de personnes, et s’adressait à tout le monde. De fait, les participants étaient essentiellement Noirs, et à notre sens, la présence Blanche était anormalement faible, alors que nous savons que dans leur majorité, les personnes blanches reconnaissaient la légitimité du mouvement et le soutenaient.

 

D) Le mouvement en cours Le Monde évolue en permanence : c’est une évidence. Pourtant, il est possible de distinguer quelques moments forts. 1 - Les dates marquantes

1998 : c’est l’année du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage des Noirs dans les Colonies Françaises. Cet anniversaire a été marqué par un très fort investissement des Noirs français descendants de ces esclaves, mais également de nombreux Blancs, tout simplement Humanistes, conscients de cette Histoire qui concerne tout le monde. 2001 : après, là encore, une très forte mobilisation (associations, syndicats, descendants d’esclaves et d’esclavagistes, militants des droits de l’homme,…), avec notamment la signature massive d’une pétition et la parution d’un article dans la presse (Libération du 14/02/2001) pour dénoncer le 3ème report de son examen, la loi Taubira a été votée le 10 mai 2001 par le Parlement français. Ainsi, La traite négrière et l’esclavage ont été reconnus en tant que crime contre l’Humanité. 2001 à 2009 : mise en application, lente, et inachevée à ce jour de la Loi Taubira. 4 Novembre 2008 : élection de Barack OBAMA à la présidence des Etats Unis d’Amérique. Pour la première fois, dans la liesse générale, un Noir est élu à la tête du pays réputé être le plus puissant de la Planète 20 janvier 2009 : c’est le jour de l’investiture de Barack OBAMA. C’est aussi le jour où commence une grève historique en Guadeloupe. Ce mouvement, démarré par le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon/Union contre l’exploitation) sur des problèmes de vie trop chère, va permettre la remontée sur la place publique des multiples et complexes blessures issues de l’esclavage.

2 - L’intérêt de s’affirmer : L’affirmation de soi est de plus en plus grande dans toutes les strates de la population, en France et dans le monde. La circulation planétaire des informations générée par le développement des moyens de communication (son, image, téléphone, Internet), joue un grand rôle. Presque en tous lieux, les hommes ont de plus en plus connaissance de ce qui se vit ailleurs sur la planète Terre. Cette information renvoie d’abord chaque être humain à lui-même, puis ensuite, elle le conduit à comparer le vécu et les pratiques des Autres aux siens. De cette inévitable confrontation, jaillissent de nouvelles idées, une plus grande conscience de ce que l’on est, et de ce que l’on pourrait faire.

 

Pour chacun, l’affirmation de soi implique aussi de reconnaître l’affirmation de l’Autre. Ainsi se révèle une Humanité qui pour être une, a tout de même de multiples facettes. D’une façon générale, pour les Noirs, l’élection de Barack OBAMA, (qui d’une certaine manière est un reflet d’eux même), a dynamisé leur estime de soi, laquelle est un formidable levier qui pousse l’individu à s’affirmer, le rend prêt à affronter tous les obstacles. Ce sont de véritables défis qui sont en train d’être relevés. D’un point de vue pratique, il faut comprendre que les jours du plafond de verre sont comptés, inexorablement. L’estime de soi et l’affirmation de soi constituent des socles solides à partir desquels l’Obama français pourra se construire.

 

E) L’espoir pour conclusion

Au final, ce combat pour la Justice, pour l’équité et pour la victoire des Droits de l’Homme, ne sera gagné qu’au moment où l’épanouissement social des personnes ne sera plus conditionné par la couleur de leur peau. Aussi, le mieux n’est pas de parvenir à instaurer une discrimination positive, source de stigmatisation, de dévalorisation, d’injustice. En lieu et place de cela, il nous faut aboutir à ce qu’il n’y ait pas de discrimination du tout ! Cela veut dire que seule les compétences, les droits, et les devoirs seraient actifs pour chacun. Dans ces conditions, la France aurait, non pas un seul, mais une multitude d’Obama français.

 

Yes, We Can !

 

Publié dans world

Commenter cet article