Pourquoi la crise économique et financière rebat les cartes?

Publié le par hort

Matières premières : la Chine fixe les prix

  

Propos recueillis par Charles Gautier
source : Le Figaro - 01/12/2008 

 

Le pétrole a perdu plus des deux tiers de sa valeur depuis juillet pour tomber vendredi à 54,43 dollars. Le cours du zinc a baisséde 50% depuis mai. Celui de l'aluminiuma dégringolé de 40% depuis l'été.

 

Philippe Chalmin, professeur à l'université de Paris-Dauphine et responsable de Cyclope, le rapport référence sur les matières premières, explique pourquoi la crise économique et financière rebat les cartes.

 

Le Figaro. - La chute des prix depuis le début de l'été est-elle historique ?
Philippe Chalmin. - Oui. Nous avons rarement connu une chute d'une ampleur pareille, aussi rapide, même après une longue période de hausse. Le mouvement pour le secteur minier est identique à celui enregistré pour le pétrole ou l'agriculture. Le cuivre a atteint son plus haut en juillet dernier à 8 985 dollars la tonne. La semaine dernière, il était tombé à 3 696 dollars. Dans la même période, l'aluminium est passé de 3 991 dollars à 1 791 dollars.

 

Les prix sont-ils encore élevés ?
Il faut reprendre l'historique des prix. Ils partaient de très, très bas. Certains ont été multipliés par 10 entre 1999 et juin 2008 pour ensuite être divisés par 2 ou 3. C'est clair, les prix actuels restent une aubaine. L'acier était à 250 dollars la tonne en 2003. Aujourd'hui, la même tonne est à 800 dollars. Ce niveau aurait fait rêver les producteurs il y a peu.

 

Quelles sont les raisons de la baisse ?
Je relève trois raisons principales. D'abord, les prix étaient arrivés à un niveau si élevé que la «bulle» a fini par éclater. Les consommateurs eux-mêmes finissent toujours par réagir. Un exemple : lorsque le nickel atteint des cours trop élevés, les clients se demandent si l'on ne peut pas faire de l'inox avec beaucoup moins de nickel. De la sorte, la consommation se tasse d'elle-même, et les prix avec.Ensuite, l'été a été calme sur le plan géopolitique. Ni guerre ni accident majeur ne sont venus affecter l'activité des pays producteurs. L'offre ne s'est pas contractée. Dans le même temps, le retrait des capitaux des fonds spéculatifs a accentué le reflux des prix.Enfin, nous constatons une contagion de la crise à l'économie réelle. La Chine, qui est le premier débouché mondial, est très affectée, puisqu'elle est le premier importateur mondial de cuivre et de bauxite et de minerai de fer, et qu'elle exporte de l'étain, du plomb et du zinc. Le facteur chinois est donc un élément déterminant de l'évolution des prix des matières premières.

 

La Chine a annoncé un plan de relance de 586 milliards de dollars. Va-t-elle continuer à être l'un des grands consommateurs de matières premières ?
Ce plan est une bonne nouvelle. Il peut mettre de l'huile dans les rouages. Mais cela représente justement beaucoup d'huile et on peut se demander si les rouages ne sont pas très sérieusement endommagés. C'est un peu le même phénomène que pour la baisse des taux. Lorsqu'elle est trop importante, elle inquiète les marchés financiers.

 

La baisse des prix était-elle prévisible ?
Nous connaissons tous le dicton selon lequel les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Il me semblait évident que les prix ne pouvaient pas rester à un niveau aussi élevé, d'autant que l'on constatait une saturation de l'économie réelle. Lorsque l'immobilier ralentit, cela signifie que l'on aura besoin de moins de ronds à béton ou de cuivre. Bref, après avoir connu une phase d'euphorie irrationnelle, les marchés connaissent un excès strictement inverse.

 

Sera-t-elle durable ? 
Cela dépendra de l'évolution de la crise économique. Si la Chine ne ralentit pas trop, si la crise économique des pays de l'OCDE n'est pas trop grave, les prix peuvent repartir à la hausse. Le nickel et l'aluminium sont proches des prix planchers. Mais en cas de crise grave en Chine, la baisse peut s'accélérer et toucher même l'acier.

 

Les entreprises minières entrent-elles dans une période difficile ?
Les entreprises minières ont eu des résultats financiers exceptionnels, cela risque d'être les derniers pendant un certain temps. Les valeurs minières ont connu leur belle époque. Pour certains, ce retournement sera dramatique. Les Kanaks viennent d'investir au pire moment dans le nickel. À mes yeux, les grandes manœuvres sont terminées pour les entreprises russes. Elles sont désormais hors du coup faute de financement public. En revanche, ce sera une chance pour les Chinois qui sont soutenus par leur gouvernement. Les OPA vont connaître un coup de frein en raison des difficultés de financement.

 

Qui sont les perdants ?
Les pays producteurs seront les grands perdants. Ils verront ainsi s'effondrer une rente minière, au premier rang desquels on trouve les pays pétroliers, la Russie et un certain nombre de pays africains. Ils seront un peu comme des drogués qui n'ont plus les moyens de se payer leur dose quotidienne.

 

Et les gagnants ?
Les grands gagnants sont incontestablement les pays consommateurs, même s'il ne faut pas perdre de vue le message des marchés lors du premier semestre, en ce qui concerne la rareté des ressources. Mais paradoxalement, on prépare mieux l'avenir avec des prix élevés que bradés. On est alors plus
sage.

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