Une raison de plus pour s'appeller "Africain" plutot que "noir"

Publié le par hort

Professeur John Henrik Clarke, l’un des brillants historiens africains disaient, que le mot « noir » ne veut rien dire, puisque l’on ne peut pas localiser sur une carte géographique. Par contre,  le nom ‘africain’ désigne un peuple et un territoire bien précis. Hort


Le médiateur du journal "Le Monde" avoue croire aux races humaines !

  Par Claude Ribbe,

lundi 17 novembre 2008

 

 Pour un scoop, c’est un scoop et franchement, j’en reste ébahi. Je n’invente rien. Voici le texte du mail que Véronique Maurus, médiateur du journal Le Monde, auteur de l’article Appeler un noir un noir (Le Monde du 16 novembre 2008) m’adresse ce jour en réponse à mon billet : Appeler un raciste un raciste (16 novembre 2008).

 

« Le Monde n'a pas, je pense, m’écrit Véronique Maurus le 17 novembre 2008, toutes les arrières pensées que vous lui prêtez. Sur la majuscule du mot un "Noir", il se contente d'appliquer la règle typographique en usage pour tous les mots désignant une race, une ethnie ou un habitant (d'un pays, d'une région, et.). On écrit un Noir, un Blanc, un Français, et c... C'est seulement la règle typographique et il n'y a là aucun sens caché. »

 

On a bien compris que, dans l’esprit de Véronique Maurus (que je me remercie de me rappeler les règles de ma langue) un «noir» est quelqu’un qui appartient à la «race» noire, un « blanc », quelqu’un qui appartient à la « race » blanche, d’où cette fameuse majuscule, qui, en l’espèce, ne peut s’expliquer ni par le «pays», ni par «l’ethnie» (une autre manière soit dit en passant de désigner la «race»). Ainsi y aurait-il donc pour le médiateur des "races" humaines ! Oui, comme au bon temps de Jules Ferry. Il n’est plus question de traquer des «arrière-pensées» puisque l’aveu est là, indiscutable. On peut supposer qu’on n’embauche pas les gens au Monde sans s’assurer qu’ils ont une certaine éducation. Véronique Maurus est certainement une personne éduquée. Elle a été désignée pour répondre aux lecteurs et elle m’avoue naïvement, à moi, qu’elle croit aux races humaines !

 

De deux choses l’une : ou bien elle ne reflète pas la ligne éditoriale du journal et c’est au directeur de la publication d’en tirer les conséquences, ou bien la notion de «race humaine» est communément admise par les journalistes du Monde en 2008, ce qui pourrait expliquer certains articles et certaines prises de position, comme ceux, par exemple de Laetita Van Eeckout, de Jérôme Gautheret ou de Pierre-Yves Catinchi. Qu’ont-ils en commun ? Ils mettent la majuscule au mot « noir » et, a priori, vraiment, ils ne m’aiment pas du tout alors qu’ils n’ont rien à me reprocher. En ce qui concerne l’explication donnée par Véronique Maurus, la « règle d’usage», dans le cas d’espèce, n’est pas typographique, mais grammaticale. L’ouvrage de référence, connu de tous les correcteurs, de tous les journalistes et de tous les auteurs, est Le Bon Usage de Maurice Grévisse (14e édition, 2007, éditions De Boeck-Duculot). Que nous dit-il à ce sujet (p 94) ? « On met souvent une majuscule à des noms qui désignent des groupes humains, par ex. d’après la couleur de leur peau ». Grévisse donne plusieurs exemples littéraires où le mot « noir » prend la majuscule.

 

Ainsi Malraux et Beauvoir mettaient-ils parfois la majuscule à « noir ». Mais c’était il y a cinquante ans et tout le monde pensait alors que la notion de « race» avait une valeur scientifique. Grévisse indique clairement que si on met « souvent » la majuscule, on ne la met ni «toujours» ni «forcément». La «règle d’usage» invoquée par Véronique Maurus est donc une pure invention idéologique qui reflète le fond de sa pensée. Grévisse prend bien soin de donner des exemples où « noir » prend la minuscule, par exemple en citant l’excellent André Pieyre de Mandiargues, qui tenait, comme moi, à la minuscule. Grévisse précise que « l’usage est partagé pour le nom juif ». On remarquera que dans Le Monde, le mot « juif » prend toujours la minuscule. Beauvoir, elle, mettait une majuscule… Bien évidemment, Maurice Grévisse se garde bien d’utiliser le mot de «race» ni même celui d «ethnie» (inventé par le théoricien raciste Vacher de Lapouge). Il est clair qu’on ne peut mettre une majuscule au substantif « noir » ou au substantif « blanc » que si justement on valide la notion de race humaine. En ce qui me concerne, j’ai toujours prescrit à mes correcteurs « distraits » de ne pas le faire (comme on pourra vérifier en lisant mes livres) et ils l’ont toujours admis sans aucun problème et sans discussion. Deux questions :

 

1. Comment appelle-t-on ceux qui déclarent croire aux races humaines en 2008 ?

2. Quelqu’un qui déclare par écrit croire aux races humaines a-t-il sa place dans un journal comme Le Monde, surtout comme médiateur ?

 

Pour joindre Véronique Maurus :mediateur@lemonde.fr

  

Pour se disculper, le médiateur du "Monde" accuse implicitement de racisme les correcteurs de son journal.

Par Claude Ribbe,

 mercredi 19 novembre 2008

 

L’honnêteté m’oblige à revenir sur l’affaire Maurus et à faire état des explications données par le médiateur, visiblement assez secouée par ma réaction et celle des lecteurs. Après m’avoir adressé le fameux mail dans lequel elle se fondait explicitement sur la notion de "race" pour justifier la majuscule au substantif « noir », elle a reçu immédiatement de ma part un mail en réponse dans lequel je prenais acte de ses déclarations : « Je constate que la notion de race humaine a un sens pour vous et j’en prends bonne note, avec une certaine peine, je ne vous le cache pas. Dans ce cas, votre article prend tout son sens. Quant aux règles typographiques que vous invoquez, elles sont discrétionnaires. C’est donc un choix du journal. La majuscule ne s’impose que pour les peuples. Considérer les «noirs» ou les «blancs» comme un peuple est un choix idéologique. Je ne parle pas de race, car, vous le savez bien, et c’est le sens de mon courrier, dire comme vous le faites qu’une «race humaine» a une valeur est lourd de sens. Directeur de collection et auteur de 9 ouvrages publiés, je crois connaître à peu près les règles typographiques. Pour ma part, j’ai toujours imposé la minuscule à mes correcteurs, Vous devriez en discuter avec ceux du Monde qui sont sûrement prêts à suivre les instructions que vous leur donnerez. »

 

Affolée de constater qu’elle s’était «oubliée», le médiateur a répliqué par un second mail où elle s’abritait derrière les « correcteurs » du Monde : « Mon courriel, s'excuse-t-elle, faisait précisément suite à une discussion avec les correcteurs, que j'avais saisi (sic) de votre question. Il n'entre bien entendu pas dans mon propos de réhabiliter la notion de race, d'une quelconque façon, je ne faisait que transcrire leur réponse.» Ayant alors demandé à madame Maurus les noms et les coordonnées de ces correcteurs qu’elle accuse implicitement de racisme, puisqu’elle ne ferait « que transcrire leur réponse », voici ce qu’elle m’a répondu : « La règle typographique en question n'est pas propre au Monde et figure d'ailleurs dans le dictionnaire Larousse».

 

Véronique Maurus a raison de dire que ce choix typographique (et non pas cette règle) n’est pas propre au Monde. Libération aussi, hélas, met la majuscule. Mais je n’ai pas encore lu d’article dans Libération où l’on se réjouit de pouvoir répéter 21 fois le mot « noir » dans un article et appeler à une approche «décomplexée », c’est-à-dire raciste, de la question. J’ai suffisamment expliqué dans le billet précédent que cette majuscule est un choix, ce qu’atteste la référence incontournable qu’est le Grévisse. Puisqu'elle préfère le Larousse, Madame Maurus ne nous dit pas de quelle édition elle se sert. S’il s’agit de l’édition de 1942, je lui conseille de se procurer un Larousse plus récent.

 

Je constate que depuis l’article désolant de madame Maurus, le journal Le Monde a publié pas moins deux articles vantant ce que ce journal appelle «statistiques ethniques» et que j’appelle, moi, statistiques racistes, toujours avec la majuscule au substantif «noir», cela va de soi. Aujourd’hui encore, Philippe Bernard, dans un éditorial intitulé Les pièges de l’Obamania à la française, où certaines analyses ne manquent pas de justesse, se croit obligé d’accuser la gauche d’une « troublante pusillanimité » et exhorte Nicolas Sarkozy qui, selon lui, aurait « les mains libres » à recourir aux statistiques racistes et à la discrimination positive fondée sur la couleur, ce que le président de la République a raison de refuser, même si pendant un temps ses positions étaient différentes.

 

Le sondage de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) de novembre 2006 montre que 18 % des Français déclaraient que « les races humaines, ça n’existe pas », (contre 16 % les années précédentes, ce qui est encourageant); 67 % considéraient que « toutes les races humaines se valent » (admettant implicitement la validité de l’idée de race) et 12 % soutenaient qu’ «il y a des races supérieures à d’autres»... Je me demande dans quelle catégorie se situerait Madame Maurus…

 

Petite remarque : la CNCDH, qui est certainement bien placée pour avoir une position juste sur ce point, ne met pas de majuscule au substantif «noir » dans ses rapports officiels, publiés chaque année par la Documentation française. Mais, ces rapports, les journalistes du Monde les lisent-ils ? En tout cas, ils n’en parlent jamais. J'ai décidé de demander un rendez-vous à Eric Fottorino, président du directoire du groupe Le Monde, pour connaître son opinion sur cette affaire typographique et savoir s'il applique les statistiques ethniques à ses journalistes. On va bien voir s'il me reçoit et ce qu'il me dit...

Publié dans African diaspora

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