"La crise est une opportunité pour l'Afrique"

Publié le par hort


Cameroun : "La crise est une opportunité pour l'Afrique", déclare Babissakana, expert financier camerounais

 

Propos recueillis par Etienne Tassé*

jeudi 30 octobre 2008.

 

DOUALA, 30 octobre (Infosplusgabon) - Retour au soutien de l'Etat à l'économie : telle est, d'après Babissakana, expert financier camerounais, directeur du cabinet d'études Prescriptor, à Yaoundé, la principale opportunité qu'offre la crise financière internationale, malgré ses effets négatifs sur la croissance. La crise se ressent forcément en Afrique et de manière indirecte et induite. Non pas parce que les systèmes financiers des pays africains sont directement imbriqués dans les marchés sophistiqués des crédits immobiliers et de leurs dérivés aux États-Unis et en Europe, mais parce que le continent est connecté au reste du monde, notamment occidental, à travers les échanges commerciaux et de services ainsi que les flux de capitaux. La crise financière américaine, qui s'est propagée rapidement en Europe, est un choc économique très néfaste et déstabilisant qui entraîne le ralentissement des activités économiques en Occident et affecte négativement les échanges avec l'Afrique et son propre niveau d'activité.

Abordant l'impact de la crise sur l'Afrique, il a déclaré que « de manière globale, l'impact de la crise financière sur l'Afrique peut s'apprécier à plusieurs niveaux. Au niveau de la croissance économique, l'impact de la crise est actuellement estimé en terme de perte de croissance entre 0,5 et 1 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2008 ainsi qu'en 2009. Mais la croissance moyenne devrait rester supérieure à 5 % du PIB. Au niveau des systèmes bancaires, l'impact ne peut provenir que des banques qui ont des avoirs dans certaines banques américaines et européennes touchées par la crise ».

Babissakana a en outre ajouté que « l'impact sera très négatif sur les exportations africaines notamment des pays pétroliers avec la chute des prix et des volumes se traduisant par des pertes importantes de recettes. Par ailleurs, les flux d'aide risquent d'être affectés négativement du fait des nouvelles contraintes budgétaires des pays donateurs. Enfin, les flux de capitaux (investissements directs étrangers, crédits bancaires et envois des fonds des travailleurs africains) peuvent également connaître un ralentissement ».

La situation financière actuelle présente des opportunités que l'expert camerounais définit en ces termes : « La crise financière, qui prend sa source au cœur du système capitaliste c'est-à-dire le système bancaire et financier des États-Unis, est une réelle opportunité pour les pays africains. Un sommet des chefs d'État du G-20 convoqué le 15 novembre à Washington ne compte qu'un pays africain, l'Afrique du Sud. L'hypothèse d'un élargissement du G8 à 6 pays émergents, actuellement envisagé, intègre deux pays africains (Afrique du Sud et Égypte). Faire entendre la voix de l'Afrique est très utile, mais ne me semble pas le facteur essentiel. Le nouvel interventionnisme des États industrialisés (nationalisation, prises de participation, injection de liquidités, etc.) est la piste la plus intéressante ».

Publié dans geostrategy

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