La violation des droits humains en Colombie, un crime d'Etat

Publié le par hort

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La violation des droits humains en Colombie, un crime d'Etat

Tribunal International d'Opinion,
Bruxelles les 15, 16 et 17 septembre 2008

 

La Colombie d'aujourd'hui, comme jamais avant, vit un scénario monté par une organisation gouvernementale dont les réalisations se limitent à fabriquer avec habileté un avis favorable. La politique de sécurité démocratique du Président Álvaro Uribe est parvenue à faire passer dans l’imaginaire collectif la certitude qu'un conflit de plusieurs décennies est déjà chose du passé.

 

Mais ce qui est certain, c’est que la profonde crise sociopolitique qui affecte aujourd'hui la Colombie n’est pas seulement due aux lien entre politiques et paramilitaires, bien qu'aujourd'hui ce soit un de ses axes. Sa complexité n'est pas une question d' individus mais elle met en cause de nombreux acteurs de la vie nationale et territoriale et les intérêts de l’Etat, y compris l’Exécutif.

Une large coalition des forces politiques, des entreprises, des grands propriétaires terriens et des paramilitaires a été légitimée en faisant appel aux discours militaristes et à la déroute des guérillas. Et avec ce discours, ils ont réussi à manipuler un grand nombre de secteurs de la population.

Les chiffres parlent de la profondeur de la crise que vit le pays et qui est encore plus accentuée avec les 70 congressistes liés au paramilitaires. Rien que dans les dernières décennies, plus de trente mille personnes ont été arrêtées puis ont disparus, quatre millions ont été déplacées à l’intérieur du pays. A peu près trois mille syndicalistes ont été assassinés durant les dernières vingt années, des détentions massives de centaines d'activistes sociaux ont eu lieu sous la fausse accusation d' auxiliaires de la guérilla. On a aussi consolidé des structures et des alliances avec des chefs d'entreprise et avec les médias qui se sont compromises dans le financement des structures criminelles et ont obtenu par le moyen de manipulations médiatiques une caricature de la réalité nationale.

Les intérêts qui sont derrière le génocide, le déplacement et la disparition des paysans, des chefs syndicaux, des communautés indigènes et d’afro colombiens, des étudiants, des femmes et des philosophes de la démocratie et de la culture en Colombie, ont une explication: ils souhaitent une nécessaire projection de la diminution démographique, calculée pour donner une suite favorable aux cultures industrielles, aux mégaprojets transnationaux et à l'appropriation des ressources naturelles et humaines, et pour les placer au service des nouveaux marchés de la globalisation financière et de la conquête impériale. Cette réalité a permis à ceux qui concentrent le pouvoir politique et économique, d'approfondir le modèle de développement néolibéral, donc la privatisation des droits et des services sociaux et publics de l'État.

La crise de crédibilité et de légitimité des institutions publiques et des partis politiques, la corruption, l'existence de niveaux alarmants de violations des droits humains, l'accroissement de la violence politique et la difficulté d'obtenir une solution négociée au conflit armé sont à l'ordre du jour, sans qu'on démontre l’intérêt d’arriver à une solution.

Ces dernières années on eu lieu trois Tribunaux Internationaux d'Opinion. Le premier s'est tenu à Bogota, les 24 et 25 novembre 2006, sur l’assassinat de jeunes, le recrutement forcé et la militarisation de la vie civile par des groupes paramilitaires, militaires et de la police au sud de Bogota. Le Tribunal sur le déplacement forcé comme un crime d'État effectué à Bogota, du 21 au 23 novembre 2007, a condamné l'État colombien pour le déplacement de plus de quatre millions de personnes dont une majorité de paysans. Et dans le troisième Tribunal International d'Opinion, sur la disparition forcée comme crime d'État, qui a eu lieu à Bogota du 24 au 26 avril 2008, on a écouté les témoignages des familles des disparus.

On doit souligner l’apport important des auditions sectorielles sur les délits des Entreprises Transnationales qui travaillent en Colombie dans les secteurs du pétrole, de l'industrie minière, de l'alimentation, des services publics et le génocide des indigènes, et qui fourniront des éléments fondamentaux au Tribunal International d'Opinion que se tiendra à Bruxelles.

Ceux-ci sont les scénarios préparatoires au Tribunal qui va se tenir à Bruxelles et qui cherche à être l'espace où la voix des victimes sera écoutée un fois de plus. On montrera des recherches qui décrivent les preuves des faits et les témoignages fournis par des centaines de victimes, et ceci ouvre le chemin pour que l'État colombien soit emmené vers un jugement.

Dans des occasions précédentes, la Commission des Délits contre l'Humanité a jugé responsable l’État colombien, par action, permission et omission, contre la population colombienne, spécialement contre les adversaires politiques et les communautés pauvres.

La présentation de données, provenant de la constatation des heurts dans des secteurs urbains et dans des vastes zones rurales du pays, fait connaître des chiffres et des témoignages de première main qui montrent des résultats défavorables à la politique de sécurité de l'actuel gouvernement.

Mais la présentation de chiffres exacts, ce n'est pas suffisant. On a besoin, en outre, d’un dialogue critique qui, dans ce cas, est obtenu grâce à deux sujets d'importance suprême : l'un est représenté par les victimes des crimes contre l'humanité, et l'autre par les voix Internationales. Le premier sujet, celui des victimes, rapporte non seulement des blessures vives de la guerre contre la vie, mais aussi a toute une histoire d'organisation communautaire, d’imagination pour assurer la survie, et une voix alternative qui questionne l'agenda d'impunité du régime et soulève un cri pour la vérité, la justice et la réparation intégrale. Le second sujet, les voix internationales, facilite la constitution de réseaux plus vastes de solidarité, la pression par des voies démocratiques que ne permettent pas un régime dirigeant ses armes contre sa propre population au lieu de la protéger. Et en ce sens, nous espérons que le Tribunal lève aussi la voix en faveur de l'accord humanitaire qui permettra la libération des otages civils et militaires.

Dans ce contexte, nous convoquons le Tribunal International d'Opinion sur la violation de Droits Humains en Colombie comme un crime d'État et il aura lieu à Bruxelles, les 15, 16 et 17 septembre 2008. Ce Tribunal sera en session au Parlement Européen et donnera un verdict final qui sera prononcé le 17 septembre.

 

Entreprises transnationales et droit des peuples en Colombie

 Coordination populaire colombienne à ¨Paris

De nombreuses organisations sociales et populaires ont demandé au TRIBUNAL PERMANENT DES PEUPLES que soient instruits et jugés les crimes de lèse-humanité commis contre le peuple colombien par les groupes économiques nationaux et par les entreprises multinationales présentes dans ce pays.

 

C’est la seconde fois que la Colombie est l’objet d’examen et de jugement par le TRIBUNAL PERMANENT DES PEUPLES. Une autre session de ce même tribunal avait eu lieu entre 1989 et 1991 pour juger l’impunité des crimes contre l’humanité dans le cadre d’un cycle d’audiences qui avaient concerné douze pays d’Amérique Latine, la Colombie ayant été le premier pays mis en examen et le siège de la session finale délibérative qui avait eu lieu à Bogotá du 22 au 25 avril 1991.

Quinze ans après, le Tribunal a accepté de soumettre à nouveau à son examen les situations graves qui affectent la vie et les droits fondamentaux de la majorité de la population colombienne, mais cette fois, en dirigeant particulièrement son regard sur les entreprises transnationales implantées en Colombie qui se sont engagées elles-aussi dans des pratiques qui violent les droits de l’homme les plus élémentaires, encouragées et patronnées par des politiques mondialisées qui cherchent à se légitimer en impératifs de sécurité pour les grands investisseurs et chefs d’entreprise.

Les caractéristiques de complexité structurelle et de gravité des accusations du cas colombien ont engagé l’organisation des travaux du TPP dans le cadre d’une trajectoire très particulière, pour permettre d’un côté l’approfondissement adéquat des problèmes, et de l’autre pour favoriser une large participation dans le processus de recompilation des preuves et des témoins, ce qui a permis d’impliquer des groupes très importants de citoyens de chaque région et des experts, produisant ainsi un cadre particulièrement complexe et cohérent des faits et des acteurs impliqués. Après que le TPP ait accepté en 2005 l’accusation générale formulée par un panel très représentatif d’associations et de groupes, associant la pré-audience sur la transnationale suisse Nestlé qui a eu lieu à Berne en octobre 2005, six audiences thématiques ont eu lieu pendant plus de deux ans :

1. Transnationales agroalimentaires (Bogotá, 1 et 2 avril 2006) ;
2. Transnationales minières (Medellín, 10 et 11 novembre 2006) ;
3. Transnationales qui affectent la biodiversité (Zone humanitaire de Nueva Esperanza, bassin du fleuve Cacarica dans le Bas Atrato du Chocó, 25 et 26 février 2007) ;
4. Transnationales pétrolières (Bogotá, 3-4-5 août 2007) ;
5. Services Publics (7 et 8 avril 2008) ;
6. Génocide indigène (Atánquez, Sierra Nevada de Santa Marta, 18 et 19 juillet 2008).

Dans la Sentence de la Session Finale, qui a eu lieu à Bogotá du 21 au 23 juillet dernier, nous vous invitons chaleureusement à le découvrir car comme l’ont écrit les jurés dans leur conclusion :

"Quand surgit un mouvement de lutte contre l’injustice et les inégalités, les catalogues internationaux des droits et les Constitutions nationales cessent d’être un simple catalogue de droits sur le papier pour se transformer en instruments de revendication personnelle, sociale et de changement démocratique.


Finalement, le Tribunal tient à témoigner du profond impact qu’il a reçu en découvrant, malgré la tragique situation qui dure depuis plusieurs décennies, que continuent à vivre une puissante résistance aux injustices et une ferme décision de travailler sans discontinuer pour surmonter la culture du conflit et de la guerre et pour promouvoir la transformation de la société afin de réaliser un véritable Etat constitutionnel social de droit".

 

 

 

Publié dans African diaspora

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