La ségrégation française : souchiens ou sous-chiens

Publié le par hort

Il est temps que les antillais francophones arrêtent de s'appeler 'fils et filles d'esclaves' puisque leurs ancêtres africains étaient des peuples libres. C'est d'autres peuples qui les ont mis en esclavage et nos ancêtres ne l'ont jamais accepté. C’est pour cela qu’ils ont lutté férocement dès leur capture et ont réussi finalement des siècles plus tard à en abolir. Hort


« SOUCHIENS » OU « SOUS-CHIENS » : UNE (SOMBRE) HISTOIRE DE TIRET

    

en ligne par Raphaël CONFIANT

jeudi 12 juin 2008  


Il y a quelques jours, Brice Hortefeux, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, s’en est pris avec une rare violence, dans le magazine L’EXPRESS, à la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République, Houria Bouteldja au motif que cette dernière aurait traité les Français de « sous-chiens ». Le ministre déclara alors qu’il ne permettrait pas qu’on insulte les Français, menaçant ainsi l’incriminée laquelle, soi dit en passant, est…française. Oh, pas de souche ! Mais de parents algériens immigrés. Tout comme ces centaines de milliers de Maghrébins, d’Antillais et d’Africains qui, quarante ans durant, ont permis à la France de se relever des ruines provoquées par la deuxième guerre mondiale et de devenir la cinquième puissance mondiale. Faut-il rappeler que ce sont les différents gouvernements français et le patronat qui ont délibérément fait appel à l’immigration, des charters entiers transportant, par exemple, des Marocains pour qu’ils travaillent dans les mines de charbon du Nord de la France ? Ou encore un organisme d’état appelé le BUMIDOM (Bureau des Migrations d’Outre-Mer) se chargeant, durant des décennies, de transborder depuis les Antilles pas moins de 800.000 Martiniquais et de Guadeloupéens qui deviendront facteurs, agents de police, infirmières, ouvriers d’usine, douaniers ou simples employés dans la métropole coloniale. A tel point qu’aujourd’hui, la population immigrée antillaise est égale en nombre à celle qui est restée au pays !

 

Houria Bouteldja n’est donc pas une Française de souche, mais elle est française de naissance, de nationalité et de vie quotidienne, si l’on peut dire. Face à la montée de l’extrême-droite et de son discours déclarant qu’il fallait désormais privilégier les Français de souche (l’expression vient de cette extrême-droite), de nombreuses voix se sont élevées, notamment chez les immigrés d’origine maghrébine et c’est à cette occasion qu’il y a un an, la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République s’est permise d’ironiser sur ce nouveau concept en distinguant « les souchiens », Français « de souche » donc, des autres Français (arabes, antillais ou africains). Aussitôt un véritable tollé s’est élevé parmi les biens-pensants de tous bords qui accusèrent Houria Bouteldja de racisme anti-français ou de racisme anti-blanc.


Cette réaction pose une question : ou bien les descendants de bougnoules et de négros n’ont pas le droit d’ironiser, ce droit relevant des seuls Français (de souche) tels que l’abominable Alain Finkielkraut, le philosophe radiophonique, qui parlait, il n’y a pas longtemps d’équipe de France « non pas black-blanc-beur », mais « black-black-black » ; ou bien ces gens ne connaissent même pas leur langue et ne savent pas qu’entre « souchiens » et « sous-chiens », il y a un monde. Un monde marqué certes par un tout petit tiret, mais un monde tout de même. A cette deuxième catégorie, expliquons donc que « souchiens » est un raccourci pour « Français de souche » tandis que « sous-chiens » est une insulte, pas très fréquente en français d’ailleurs. Qu’il y ait une sorte de collision phonique et sémantique entre les deux termes, c’est la faute à personne, comme on dire vulgairement. C’est la faute à pas de chance ! Car si au lieu de l’expression « Français de souche », l’extrême-droite et la Droite dure avaient lancé un autre slogan, par exemple, « Français pur camembert », eh bien Houria Bouteldja aurait sans doute qualifiés ces fanatiques de l’identité franchouillarde de « camembériens ». Et là, qui aurait trouvé que ça résonnait comme une insulte ? Personne !

 

Mais, laissons tomber l’hypothèse de l’ignorance linguistique ! Les accusateurs de la porte-parole des Indigènes, à commencer par Brice Hortefeux, connaissent très bien leur langue et savent parfaitement que Houria Bouteldja n’a voulu qu’ironiser. Qu’elle n’a jamais traité les Français de sous-chiens. En réalité, ce qui est en jeu ici, c’’est le droit des Français d’origine non européenne de pouvoir ouvrir leur gueule ou non, le droit de pouvoir lancer des petites phrases ou de faire des jeux de mots, comme n’importe quel Français. Et là, la réponse nous est livrée par le même Hortefeux dans un autre journal. Ce dernier déclare, en effet, que les étrangers que la France « accueille, héberge et nourrit n’ont pas le droit d’insulter les Français ». On croit rêver ! A en croire l’Hortefeux, la France généreuse, mère des arts et des lettres, patrie des Droits de l’Homme (blanc) aurait, dans un geste de compassion extraordinaire, accueilli des centaines de milliers d’étrangers pour leur permettre d’échapper à la misère dans leurs pays d’origine. N’importe quoi ! D’abord, s’il y a des Nègres et des Arabes en France (et pas en Ukraine ou en Hongrie), c’est parce que la France, tout comme nombre de pays d’Europe de l’Ouest, s’en est allée coloniser l’Afrique, l’Indochine et les Antilles. Qu’elle a réduit des populations entières à l’esclavage, qu’elle a détruit des langues et des cultures et surtout qu’elle a pillé des richesses agricoles et minières. Au 18è siècle, par exemple, la France faisait 40% de son commerce extérieur avec sa seule colonie de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) et les ports de Nantes, Bordeaux, Larochelle et autres se sont enrichis grâce au commerce du bois d’ébène, c’est-à-dire la Traite négrière.

 

Si les Français et les Européens de l’Ouest ne voulaient pas avoir des Nègres et des Arabes chez eux, ils n’avaient qu’à ne pas coloniser les pays de ces derniers ! Point barre. Ils n’avaient pas à importer des centaines de milliers d’entre eux entre 1950 et 1990. Car que s’imaginaient-ils ? Que ces immigrés ne feraient pas d’enfants ? Qu’on les aurait pressurés comme des citrons durant les Trente Glorieuses et qu’on les aurait réexpédiés au bled une fois l’âge de la retraite venue comme de vieilles chaussettes ? Non, M. Hortefeux, madame Houria Bouteldja n’a pas été accueillie, nourrie et blanchie grâce à la générosité des « Français de souche ». Elle est la descendante, au contraire, de ces centaines de milliers de bras, taillables et corvéables à merci, qui ont permis, grâce à leur travail acharné, à vous et aux vôtres de bénéficier du niveau de vie qui est le vôtre aujourd’hui. Mme Bouteldja ne vous doit donc strictement rien et c’est la traiter comme vous le faites en étrangère, en réfugiée, qui est une insulte.

 

J’ai été personnellement payé pour savoir que les fils d’esclaves (tels que moi) et les bougnoules n’ont pas le droit d’exprimer des opinions qui s’écartent de la vulgate droit-de-l’hommiste. On se souvient, en effet, que suite à une énième exaction israélienne contre le peuple palestinien, j’avais écrit un mail, un simple, mail, dans lequel je qualifiais cet acte d’innommable, prenant bien soin de préciser que je prenais ce terme au sens premier du terme, dans son vrai sens donc, à savoir « ce qui ne peut être nommé ». Or, quelle ne fut pas ma surprise de voir ce mail (sic), c’est-à-dire même pas un article de journal ou un texte posté sur un site-web, reproduit dans « Le Monde » et mon propos détourné par ce journal qui affecta de prendre « innommable » au deuxième sens du terme, au sens métaphorique donc, d’ignoble !!! Aussitôt la Gauche bienpensante germanopratine se déchaîna contre ma personne, « Libération », « Le Nouvel Observateur » et « Le Canard enchaîné » me clouant au pilori dans la semaine qui suivit, aidée en cela, soi dit en passant, par quelques larbins négros ou négro-larbins, comme on voudra. J’étais devenu du jour au lendemain le grand antisémite antillais !

 

Ce qui arrive aujourd’hui à Houria Bouteldja relève du même phénomène de manipulation politico-médiatique. Il s’agit, comme dans mon cas, de diaboliser une personne, et à travers elle, un courant de pensée, qui dérangent le système colonial en place car oui, tout comme les DOM-TOM, les banlieues ne sont que des colonies intérieures de la France et leurs habitants y sont traités comme des indigènes.

 

Il est important que nous apportions notre plus ferme soutien à la porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République face à cette offensive du pouvoir en place qui ne vise rien moins qu’à éradiquer les idées qu’elle incarne.

http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article1438CISME ? NN...

HORTEFEUX S’EN VA-T-EN GUERRE. CONTRE LE RACISME ? NON... CONTRE LE MIR

Paris, le 30 mai 2008

 

Dans un entretien paru dans la dernière livraison de l’hebdomadaire « L’Express » datée du 29 mai 2008, M. Brice Hortefeux, Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire a cru bon reprendre à son compte les accusations mensongères à l’encontre de notre porte-parole, Houria Bouteldja. Accusations propagées par un certain nombre de politiciens, d’intellectuels et de journalistes hostiles à notre Mouvement. A une question du journaliste portant sur l’existence en France d’une « tentation raciste », le ministre a ainsi répondu : « La vigilance, sur ce sujet, doit être totale et permanente. Le risque existe, à l’évidence, à l’encontre de certaines communautés, en raison de leur couleur de peau ou de leur appartenance religieuse. Ce n’est pas acceptable. Parallèlement, j’ai été très choqué que la porte-parole du Mouvement des indigènes de la République traite les Français de « sous-chiens ». Je ne laisserai pas prononcer de tels mots sans réagir. »

 

La « vigilance totale et permanente » que revendique Hortefeux contre le racisme est particulièrement obscène dans la bouche d’un ministre dont le boulot est justement de réprimer l’immigration, qui est membre d’un gouvernement qui multiplie les dispositifs policiers pour mater les habitants des quartiers populaires, qui sert, enfin, avec fidélité, un président de la République, élu pour casser la résistance indigène. Plus encore, le ministre n’hésite pas à user d’une manœuvre de diversion désormais bien répandue : il rejette dos à dos ceux qui professent le racisme, et ceux qui en sont les victimes.

 

Dans l’expression qu’il met dans la bouche de notre porte-parole, il reprend à son compte les accusations de l’hebdomadaire Marianne et de Alain Finkielkraut qui ont prétendu en effet avoir "entendu" "sous-chiens" . Notre porte-parole n’a jamais parlé de « sous-chiens » mais de « souchiens », une formule de dérision pour dénoncer le racisme sous jacent à la notion de « Français de souche » qui établit une hiérarchie entre les Français selon leurs origines.

S’il y a, par contre, un trait d’union qui semble évident, lui, c’est bien celui existant entre la volonté affirmée par Brice Hortefeux de « réagir » contre le MIR et la déclaration de Jean-Marie Le Pen et autres "identitaires" exigeant l’interdiction de la Marche décoloniale que le MIR et d’autres associations ont organisé le 8 mai dernier.

 

Les propos de M. Hortefeux nous paraissent particulièrement inquiétants. Ils constituent à tout le moins une incitation à remettre en cause la liberté d’expression. La volonté de faire taire les Indigènes de la République, en vérité, ne nous étonne guère. Le simple fait de revendiquer l’égalité et la pleine citoyenneté est perçu par les autorités actuelles comme une atteinte à l’ « identité nationale » que M. Hortefeux a la charge de défendre. Que dire alors de notre intention de nous constituer en force politique autonome, antiraciste et décoloniale ?!

 

 

http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article920

 

Reponse de Houria Bouteldja

 

SOUCHE, subst. fém.

A. Usuel Base du tronc d’un arbre (ou d’un grand arbuste) prolongée par ses racines.

B. P. anal. De souche. D’origine. Français de souche.

C. Biologie Ensemble des individus de même espèce provenant d’un ancêtre unique.

SOUCHIEN, SOUCHIENNE, adj. et nom, de souche.

 

Néologisme, formé par des descendants d’immigrés post-coloniaux qui après avoir été désignés successivement par les expressions : « Français musulmans », « nord-africains », « immigrés », « deuxième, troisième… cent trente et unième génération », « issus de l’immigration maghrébine ou africaine » puis à nouveau « Français musulmans » et enfin « issus de la diversité » sans parler dans un registre moins soutenu par les « sidis », « bougnoules », « rats », « ratons », « crouilles », « melons », « bicots », « gris » ou encore l’intemporel « négros », ont constaté que ce raffinement dans la péjoration raciste dont ils sont l’objet trouve son optimum savant dans un autre néologisme, banalisé et valorisant lui : « Français de souche ». Cette dernière expression utilisée publiquement pour la première fois, semble-t-il, par un certain Jean-Marie Le Pen en 1979, institutionnalisée depuis par des chercheurs ou démographes de l’INED, mais repris aussi par tout un chacun, est censée désigner ceux qui, parce que blancs, sont considérés comme les authentiques et légitimes habitants de ce pays par opposition avec les descendants de colonisés, sans racine ni attaches particulières, qui de ce fait ne constitueraient eux qu’une variété aérienne, délétère et volatile de l’espèce humaine.

 

Ainsi l’adjectif « souchien » construit en toute francophonie à partir de « Français de souche » constitue une première contribution indigène à l’enrichissement de la langue que désormais doivent maîtriser ceux qui prétendent venir vivre au Paradis. Il permet de mettre en évidence le caractère inerte, pesant et figé de cette conception raciale des Français. Exactement comme a pu le faire l’humoriste Djamel Debouze avec son expression « Icissiens » (sans doute à partir du concept des « Gens d’Ici » cher au philosophe Alain Badiou) afin d’établir l’évidence de la légitimité pour tous à vivre dans ce pays à égalité de droit et de considération.

Evidemment « souchien » ne peut pas être confondu, comme le font volontairement certains philosophes médiatiques, journaux nationaux-républicains comme Marianne [1] ou autres officines laïco-intégristes comme Respublica [2]], à la trompe d’Eustache décidément bien emboutie, avec l’expression « sous-chiens », sinistre jeu de mot, révélateur tout à la fois de l’ état d’esprit de ceux qui prétendent l’avoir entendu autant que des méthodes malveillantes auxquelles ils ont recours puisque qu’ils tentent ensuite d’en attribuer la paternité au MIR.

 

 On ne sera pas étonné d’apprendre que parmi ces malentendants anti-indigènes qui assurent avoir compris « sous-chien » au lieu de « souchien » figure l’inénarrable Alain Finkielkraut [3]] dont tous les sonotones de la terre ne pourront jamais corriger l’oreille désespérément sélective. En terme clairs lui et tous ceux qui aujourd’hui poussent des cris d’orfraies ne s’indignent guère du traitement sémantique administré à leurs concitoyens basanés. En revanche, si la notion de « Français de souche », en 27 ans d’existence, n’a toujours pas heurté leurs oreilles délicates, c’est parce qu’elle traduit bien une certaine acception ethnique qu’ils se font de l’identité française. Celle-ci est une façon élégante de dire Français blanc. Ainsi pour tous, il est bien clair que Kanaks, Antillais et autres Réunionnais ne sauraient être qualifiés de « Français de souches ». Leurs ancêtres pourtant n’étaient-ils pas formellement Français il y a au moins deux siècles à un moment où ceux de Messieurs Sarkozy, Finkielkraut, Devedjian ou Gallo étaient encore sujets Ottoman, austro-hongrois ou italien ?

 

Le plus indécent dans cette histoire, c’est que parmi les véritables "sous-chiens" (parce que traités comme tels) vivant dans ce pays, figurent précisément les noirs, les arabes, les musulmans et autres métèques. On se souvient que le (très grand) contrebassiste américain Charles Mingus, qui était métis noir-chinois et identifié comme noir, très mobilisé sur la question du combat anti-raciste, avait intitulé son autobiographie "Beneath the Underdog" : "en-dessous du sous-chien" !

 

[1] Marianne n° 532, « Petite leçon de racisme », signé J.D.

[2] Le lettre de Respublica n° 550 [http://www.gaucherepublicaine.org/,article,1547,,,,,_Houria-Bouteldja-un-racisme-de-moins-en-moins-voile.htm

[3] Emission « Répliques » dans laquelle A. Finkielkraut affirme à F. Taddéi avoir entendu le tiret de « sous-chien »

[http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques

 

 

Publié dans African diaspora

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