Lettre adressée au Monde Diplomatique

Publié le par hort

Lettre adressée au Monde Diplomatique

Maria Poumier

universitaire à la retraite
Thu, 15 May 2008

 

En tant qu’abonnée au Monde Diplomatique, la publication de l’article « Le meilleur de l’Europe pour les femmes », par Violaine Lucas et Barbara Vilain, (n° 650, mai 2008), me paraît extrêmement ambiguë. Si le dossier propose bien des mesures justifiées de protection pour les femmes en situation  de faiblesse, d’autres  propositions sont en complète opposition avec l’histoire et l’inspiration générale du journal, que je croyais ancré à gauche, c’est-à-dire à la recherche de tout ce qui peut consolider la réalisation des trois valeurs combinées : liberté-égalité-fraternité, avec une attention particulière aux majorités souffrant des injustices structurelles renforcées par les mécanismes étatiques. Je montrerai ci-dessous en quoi la logique générale du projet est fallacieuse.

 

On chercherait en vain, dans l’article que vous avez publié, la moindre réminiscence du devoir de fraternité, le seul qui puisse fonder un pacte dans l’universel et en tant qu’émanation d’une ou plusieurs nations faisant alliance. La fraternité c’est le fait de se reconnaître en tant que frères en humanité, et de reconnaître l’exigence de compassion pour les plus faibles. L’Europe ne sera vivante que si elle est admet le devoir de fraternité, celui qui sous-tend généralement vos analyses, sur les contrées les plus diverses.

 

Les êtres humains ne peuvent être dits frères qu’à condition de reconnaître une filiation commune. C’est une tautologie : nous sommes frères dans la mesure où nous nous reconnaissons enfants de nos parents qui l’étaient à leur tour, et ce, jusqu’à Adam et Eve, pour faire court. De ce constat biologique émane la loi même de toute civilisation, que nous appelons la fraternité, celle qui nous oblige tous à nous traiter en frères, et à traiter nos enfants et nos parents en frères, à ne pas les abandonner à leur faiblesse.

 

Or la descripition de l’identité des humains en termes de genre masculin et féminin, auxquels les auteures du texte ajoutent un troisième genre, placé au même rang dans la définition de son identité et  « devant » jouir des mêmes droits censés caractériser les individus des deux genres, constitue un négationnisme complexe et profond :

 

-         Négation de la loi biologique et psychologique, qui veut que l’humanité se reproduise par la rencontre sexuée de deux individus et non pas trois, un père et une mère, débouchant sur le processus d’affiliation, de la reconnaissance par l’enfant de ses parents, qui lui fera accéder à son tour à la parentalité pleine.

 

-         Négation de la temporalité dans laquelle s’inscrit l’individu. Avant de devenir un ou une féministe, l’humain est un enfant à la merci de la génération précédente ; après son âge d’agressivité sexuelle maximum, l’humain devient un vieillard à la merci des générations suivantes. Définir l’identité par l’un des trois « genres » est une simple extrapolation abusive de l’un des âges de la vie.

 

-         Négation de la laïcité comme engagement à respecter les différentes affiliations religieuses que choisissent les individus: en effet, s’il est bien un point commun à toutes les croyances, c’est la condamnation de ceux que nous appellerons ici les sodomistes (militants pour la reconnaissance de droits liés à la pratique de la pénétration sexuelle  entre hommes) ; reconnaître aux sodomistes des droits cumulant ceux de des femmes (gays se déclarant maman) et des hommes (lesbiennes se déclarant papa) est une profonde violation de la laïcité, qui est une neutralité entre les différentes religions, et non pas une anti-religion qui serait supérieure.

 

-         Négation de l’égalité des citoyens devant la loi : la population de l’Europe se renouvelle et s’accroît grâce à un  afflux migratoire de pauvres en provenance de nations profondément religieuses ; si le projet sodomiste des auteures entrait en vigueur, les nouveaux producteurs, au cœur de notre vieille Europe choisissant comme idéologie officielle le sodomisme, se retrouveraient doublement discriminés, chaque fois qu’ils manifesteraient leurs convictions antisodomistes, soit en tant que prolétaires attachés à leur famille comme rempart solidaire contre les exactions du marché et les abus de l’Etat, soit en tant que croyants fidèles à leurs traditions.

 

-         Négation de la liberté d’expression. A ce jour la pornographie se réclame de la liberté du marché, non d’un droit au plaisir protégé par la Loi. Si le projet des auteures triomphait, rien n’empêcherait la publicité de pratiquer continuellement et massivement l’incitation au sodomisme. Ainsi le sodomisme serait le premier article du marché protégé par des lois spécifiques, et les dissidents seraient traités en délinquants.

 

-         Négation de l’Europe. L’extension du principe de la clause de l’Européen(ne) le/la plus favorisée aux sodomistes suscitera forcément une riposte : la revendication du principe de la clause de l’Européen(ne) le/la plus favorisé(e) en matière de droit  des religions; l’Irlande, l’Italie, l’Espagne ou la Pologne peuvent à ce titre constituer un front, bloquant toute consolidation ou unification de l’Europe.

 

-         Négation de la logique. On constate une incohérence flagrante dans l’encadré « bouquet législatif » qui précise le projet des auteures : dépénalisation de la prostitution, mais pénalisation du client des prostituées (et prostitués ?). Tous les négationnismes ci-dessus constituent aussi des dérogations à la logique, leurs conséquences se retournant contre les principes de rationalité auxquels sont attachés les nations démocratiques.

 

-         Négation de la conscience. Les auteures associent étroitement la défense du sodomisme à celle de l’avortement. Or, jusqu’à preuve du contraire, même les féministes les plus radicaux/cales reconnaissent que l’avortement est un dégât, la sanction d’un échec, la concrétisation d’une défaite de l’individu(e) face à des pressions insupportables (économiques, psychologiques, sociales). Il s’agit donc pour les auteures de bâtir l’Europe en prenant pour pierre d’angle un moment exceptionnel, intensément négatif, qui est toujours reconnu, a posteriori, comme l’un des pires  moments d’une existence individuelle. C’est là en profondeur un viol de la conscience, de la loi intérieure qui exige que l’humain se réfère à ses victoires en humanité, pour croître en tant qu’humain.  La loi morale universelle exige qu’un déficit d’humanité soit réparé par une victoire de la conscience, et non pas par la pseudo-sacralisation laïque des circonstances écrasantes qui ont condamné injustement un individu à sacrifier sa paternité, sa maternité, ou la simple logique vitale que nous appelons notre « raison d’être ».

 

-         Négation de l’humanisation de l’homme. Le sodomisme institutionnalisé se justifie par la protection des minorités souffrantes. L’avortisme institutionnalisé se justifie à son tour par la nécessité de la protection de la femme en position de faiblesse. Or le sodomisme et l’avortisme combinés fragilisent toutes les alliances familiales, dès lors que ce sont des conduites d’échec qui sont consacrées à titre de « victoires » de l’individu contre la religion et la tradition, et donc contre la famille qui est le lieu où celles-ci se perpétuent. L’échec du couple parental, l’échec de la solidarité entre générations, se trouvent donc validés par l’apologie de l’échec de l’individu.

 

-         Négation du droit des enfants et des seniors. Les auteures veulent bâtir l’Europe sur certaines libertés protégées ne concernant qu’une catégorie précise : les adultes exerçant une activité sexuelle. Or toutes les constitutions européennes reconnaissent que les enfants ont un droit imprescriptible à la protection familiale, la cellule familiale reconnue étant le lieu primordial de transmission des valeurs, et de frein à la barbarie. Les seniors, classe d’âge en expansion, sont en train de s’organiser pour obtenir la reconnaissance de leurs droits au sein de leur famille, pour compenser leur faiblesse.

 

-         Négation du principe de réparation. La santé psychique de l’individu repose sur le retournement du symptôme en remède. Ainsi les sentiments d’abandon, d’injustice et d’oppression qui caractérisent tant les individus portés vers l’avortement que vers le sodomisme, et qui les amènent à souhaiter des lois qui les protègent, ne peuvent échapper à l’enkystement dans la souffrance que s’ils s’inversent en générosité envers les plus faibles. C’est la saine logique qui sous-tend la revendication de parentalité de nombreux homosexuels. Traditionnellement, le lien de parrainage est celui qui, à côté de la parentalité biologique, permet à la famille d’étendre son réseau protecteur et aux individus désireux de s’impliquer dans une fonction protectrice de s’allier pour la vie à un enfant, avec le consentement de la famille. Or la substitution du parrain ou de la marraine par l’éventuel droit parental de l’identité sodomiste constitue une supplantation, et non pas une réparation.

 

 

Conclusion : l’instauration d’une charte des droits et devoirs des parrains et marraines à l’échelle européenne serait une innovation législative très utile, pour protéger à la fois les parents en détresse, les individus nostalgiques de la procréation mais n’ayant pas accès à la parentalité naturelle pour une raison ou une autre, les enfants dans leur réel besoin de familles larges et stabilisantes, les seniors dans leur vocation à guider la jeunesse, malgré leur affaiblissement physique. A titre de parrains, tous les adultes, seuls ou en couple, devraient pouvoir protéger des enfants en manque de garanties parentales, soit nés de couples éphémères, excessivement instables ou dangereux, soit à naître, et cela éventuellement à leur domicile. Ceci permettrait de ne sacrifier aucun des droits individuels dont l’Europe est fière, ce serait un terrain d’entente entre idéologies et religions diverses ; cela rétablirait la confiance entre les élites et le peuple, et cela  constituerait une véritable mesure de prévention de la détresse psychique individuelle, si caractéristique de la dégradation de la santé publique dans nos contrées.

 

Publié dans world

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article