L’Afrique, celle qui compte réellement et qui réfléchit, ne suivra pas l’Occident dans sa cabale contre la Chine.

Publié le par hort

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La Flamme Olympique et l’Afrique

Shanda Tonme, éditorialiste

mercredi 7 mai 2008

 

 

Nous reproduisons ici une réflexion ô combien éclairante de l'éditorialiste camerounais Shanda Tonme qui corrobore parfaitement ce que nous avons toujours dit par rapport à la campagne de désinformation, les droits de l'homme à géométrie variable et surtout le "china Bashing" qui est devenu le sport le plus pratiqué en l'occident. Lisez plutôt.

 

Sans qu’ils puissent véritablement comprendre le pourquoi ni le comment, les africains, déjà soumis au dictat de l’Occident pour l’information, se retrouvent depuis quelques semaines obligés de se nourrir des images et des reportages des manifestations de rue à travers le monde contre la Chine. En effet depuis l’allumage de la flamme Olympique, un débat dur et orienté a été installé au forceps pour promouvoir le boycott des jeux dont l’ouverture est prévue en Août 2008 à Pékin.


Certes, la Chine connaît un problème de revendication autonomiste dans sa région du Tibet et une répression sanglante contre des manifestants y a récemment occasionné la mort de nombreuses personnes aux mains nues face à des forces de maintien de l’ordre plutôt impitoyables. Il existe donc et il a toujours existé ce qu’il est convenu d’appeler une cause tibétaine, laquelle est d’ailleurs mieux exprimée et mieux représentée par son très charismatique leader spirituel, le Dalaï-lama. En réalité le problème n’est pas simplement celui d’une revendication autonomiste ou indépendantiste, c’est aussi et fondamentalement un problème religieux que le pouvoir communiste régnant de la Chine ne veut pas entendre. Pourquoi donc sortir du bois juste en ce moment, pour faire tant de bruit autour de ce problème, au point de reléguer au second rang toutes les autres préoccupations majeures qui encombrent le tableau géopolitique des conflits et des tensions planétaires ?


En quoi la situation au Tibet menace t’elle de façon directe, immédiate, urgente, impérieuse, et insoutenable la paix et la sécurité internationales ?


En quoi le boycott des jeux olympiques de Pékin contribuera-t-il à résoudre l’équation inextricable qui résulte de l’incompatibilité structurelle, doctrinale et idéologique entre la philosophie communiste et le bouddhisme ?


Nos interrogations ne se situent point au niveau de la justesse des revendications d’un peuple - fut-il minoritaire - pour sa dignité, sa liberté de culte et le bénéfice d’une quelconque autonomie. Nous ne sommes donc ni négationniste du droit du peuple tibétain à l’autodétermination, ni de celui plus large et plus général des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce sont des principes consacrés et sacrés, institutionnalisés et codifiés par un ensemble d’instruments juridiques internationaux dont les plus connus sont la déclaration universelle des droits de l’Homme et les protocoles additifs relatifs aux droits civils et politiques d’une part et aux droits sociaux et économiques d’autres part, la Convention des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes de discrimination, de même que de nombreuses conventions spécifiques.


Notre étonnement prend corps dans le regard discriminatoire de l’Occident, dès lors que notre propre vécu, ici en Afrique, est parsemé au même moment de situations les plus graves de répression et de violation des droits élémentaires des peuples sans que des émotions fortes s’en suivent de l’autre côté. La majorité des citoyens africains demeurent brimés en permanence dans leur plus intime et simple dignité. Les manifestations de rue au passage de la flamme olympique, les commentaires incendiaires des média occidentaux, les déclarations belliqueuses, tapageuses ou insidieuses des gouvernants et des politiciens occidentaux nous laissent un arrière goût de préméditation et de règlement de comptes.


Nous en Afrique, ne comprenons point l’agitation subite de l’Occident, ni pourquoi les mêmes pourfendeurs des violations des droits des tibétains ne descendent pas dans la rue pour crier leur colère contre les massacres perpétrés par les dictatures du Kenya, du Zimbabwe, du Tchad et d’ailleurs. Nous ne comprenons vraiment pas si ce qui se passe au Tibet est autrement plus grave et plus porteur de menaces contre la paix et la sécurité internationales que la modification de la constitution pour orchestrer des présidences à vie au Cameroun, au Tchad, au Gabon, au Burkina Faso…


L’affaire de la flamme olympique, intervient dans un contexte où l’on tentait déjà de nous convaincre du danger que représente la nouvelle Chine, la Chine devenue impériale, plus souveraine, mieux conquérante aux plans commercial et technologique, et menaçante pour les positions de domination coloniale des occidentaux.


Nous, en Afrique, craignons qu’il ne s’agisse pour l’Occident d’utiliser une juste cause - celle du peuple tibétain - pour contester de façon feutrée, malhonnête et maladroite, les succès commerciaux et financiers de Pékin à un moment où toutes les citadelles capitalistes et leurs excroissances périphériques sont violemment secouées par les émeutes de la faim. Les cris entendus en Afrique, en Amérique latine et dans quelques banlieues misérables de Londres, Paris et Amsterdam, ne sont-ils pas des accusations sans détours contre une idéologie du marché qui a construit depuis des siècles son triomphe par la liberté des prix et une spéculation boursière encourageant le vol et toutes sortes d’égoïsmes voire d’exploitation éhontée ?


Nous en Afrique, craignons que l’Occident ne soit en fait à la recherche des voies et moyens pour bloquer la Chine, lui donner mauvaise conscience, freiner ses ardeurs d’expansion géopolitique et l’investissement de ses colossaux excédants commerciaux.


Faut-il rappeler à tous ceux qui l’ignoreraient encore, que la Chine a un excédent commercial vis-à-vis des Etats Unis de l’ordre de trois cent (300) milliards de dollars pour la seule année 2007. La Chine est excédentaire par rapport à presque tous ses partenaires et dispose à elle seule de deux fois plus de réserves en devises que tous les pays de l’Union Européenne réunis. Pour mieux comprendre tous les enjeux géostratégiques, le Président sénégalais Abdoulaye Wade n’a pas craint de déclarer que la Chine a investi en vingt ans en Afrique plus que l’Occident en quatre siècles. Il convient certes de relativiser ces propos, car pour aussi révélateurs qu’ils soient, ils peuvent s’avérer vexatoires et excessifs dans la mesure où la dimension de la formation dans laquelle cet Occident prédomine, n’est pas prise en considération. Il n’en demeure pas moins que l’illustre sénégalais et militant africain se veut réaliste et représentatif d’une opinion dorénavant partagée par une très grande majorité des africains qui jugent positivement la coopération avec la Chine et en attendent plus de retombées positives.


Compte tenu de tout ce qui précède, nous ne sommes pas disposés à suivre l’Occident dans cette nouvelle guerre médiatique contre la Chine qu’elle veut imposer au monde en se servant des prochains jeux olympiques. Personne de sensé ne soutiendra que la Chine est un modèle de démocratie ou d’expression des libertés individuelles, mais comment avaliser les thèses de ces défenseurs des droits de l’Homme qui ne se lèvent jamais assez pour des causes plus choquantes en Afrique ?  Ces pourfendeurs de la Chine sont en réalité les mêmes qui implicitement n’ont jamais abandonné l’esprit colonialiste qui renvoie les noirs et les arabes à des épithètes de sous êtres humains sauvages et barbares dont les régimes autocratiques sont les meilleurs genres de gouvernance?


Les mêmes journalistes, qui se voulaient tranchants sur la question du Tibet lors de la conférence de presse avec le Président français récemment, n’ont pas manifesté une égale préoccupation pour la situation dans les anciennes colonies françaises où sa politique constitue un grossier scandale et où il est dorénavant clair qu’il a renié tous ses engagements de campagne.


L’Afrique, celle qui compte réellement et qui réfléchit, ne suivra pas l’Occident dans cette cabale contre la Chine. L’affaire de la flamme olympique n’est ainsi qu’un autre épisode d’une autre guerre, que l’on pourrait dire commerciale, que l’on pourrait dire sale aussi. Pour une fois, l’Occident qui se glorifie d’avoir tout gagné au cours de la longue histoire de l’humanité, a peur de perdre la guerre commerciale, après avoir proclamé la suprématie du système capitaliste sur tous les autres.

 

Source : 20mai.net

Publié dans contemporary africa

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