Le racisme sur les terrains de football n'est que la partie visible de l'iceberg

Publié le par hort

Mieux vaut être Ch’ti et pédophile que footballeur et Nègre

 

 par Didier Kala

Mouv. Ind. de la R.

 mardi 1er avril 2008

L’affaire de la banderole déployée au Stade de France par un quarteron d’humoristes en préretraite n’en finit plus de faire des vagues. Le président de la République, le médiateur de la République, le Secrétaire Général de l’ONU, Dany Boon... tous sont formels : il est préférable de venir au match avec une bonne réserve de bananes que de se moquer de la diversité ethnique française.

 

La Brave Patrie est ce matin coupée en deux. Jamais depuis la Terreur la cohésion nationale n’avait été à ce point menacée. Au nord d’une ligne Montmorency - Saint-Quentin, on a peur, ou on a les ch’cottes, comme on dit là-bas. La raison ? Quelques mots malhabilement tracés sur un vieux drap, une coutume ancestrale au PSG. Mais cette fois-ci, les traditionnels boutades et quolibets ont laissé la place à la haine, la haine pure. La haine de l’Autre. La haine du Ch’ti. Sous la violence des mots - « pédophiles » ! « chômeurs » !  consanguins » ! - la France se recroqueville, et les plus hautes instances s’inquiètent. Le ventre est encore fécond, et rien ne le laissait soupçonner. Sous la surface étale d’un lac idyllique, un feu couvait qu’il faut à tout prix éteindre : il y a, en 2008, en France, du racisme.

 

Rien ne prédisposait pourtant le Ch’ti - un sous-genum du Picard - à être ainsi stigmatisé. Comme l’avaient fait en leur temps des films comme Gorilles dans la brume, La marche de l’Empereur ou Le huitième jour, un succès interplanétaire a récemment sensibilisé les Français aux souffrances d’une espèce gravement menacée par l’alcool et les poids-lourds qui sillonnent l’A1 sans ralentir malgré les nombreux panneaux de signalisation. Les gorilles sont protégés. Les Japonais ont déclaré un moratoire sur la chasse au pingouin. Les trisomiques sont aujourd’hui pleinement intégrés à la société française. On pensait que les Ch’tis bénéficieraient de la même manière de la campagne lancée par le comité d’initiative du Nord-Pas de Calais. Se serait-on trompé ?


Rien n’est moins sûr. S’il fallait mesurer la popularité d’un symbole à l’aune de l’indignation provoquée par sa mise en péril, le Ch’ti bat à plates coutures le footballeur noir. Plus de douze millions de Français se sont déjà reconnus dans la merveilleuse comédie de Dany Boon, et ce n’est qu’un début : face aux événements ignobles du week-end, le ministère de l’Education envisage de rendre la projection de Bienvenue chez les Ch’tis obligatoire dès l’école primaire. Nicolas Sarkozy a par ailleurs annoncé que le prochain conseil des ministres se tiendrait à Lens, en langue patois picard. Pour sa part, Carla Bruni-Sarkozy devrait enregistrer dans la semaine une version du P’tit Quinquin avec Renaud et Michel Sardou. Côté judiciaire, des poursuites sont déjà annoncées contre les supporteurs du PSG, qui devraient déboucher sur des travaux d’intérêt général - probablement lors de la moisson de betteraves, entre novembre et décembre.

 

Qu’on se rassure donc : les Ch’tis se défendent et font tout ce qui est en leur pouvoir pour que plus jamais un acte d’une telle barbarie ne puisse survenir dans une démocratie. Les Français sont avec eux, épaule contre épaule, même s’il faut parfois pour cela se mettre à genoux, rapport aux carences en calcium. Et ils ont un message pour les imbéciles qui ternissent l’excellente réputation du supporteur moyen du PSG : Messieurs les bas-du-front, quelque chose a changé. Vous pouvez vous déguiser en singes et vous pouvez jeter des bananes à un footballeur noir en toute impunité si cela vous chante, mais plus jamais ça

.

 

 

Le racisme s'incruste au stade

 

Par Grégory BLACHIER
leJDD.fr

 

 

 
La soirée aurait dû être belle à Metz, victorieux pour la première de la saison à domicile en Ligue 1. Mais elle a été gâchée. Abdeslam Ouaddou, défenseur de Valenciennes, a essuyé tout le match des insultes racistes de la part d'un spectateur. Le joueur a porté plainte, et le spectateur a été interpellé. Bastia avait déjà été le théâtre d'un tel débordement il y a quelques mois.

 

La stupidité n'est pas l'apanage du supporter de football, mais elle trouve régulièrement sa place dans les enceintes sportives. La preuve en a encore été apportée samedi soir, à Metz, où le défenseur marocain de Valenciennes Abdeslam Ouaddou a été la cible d'insultes racistes de la part d'un spectateur. Le joueur, connu comme étant l'un des plus appréciés de Ligue 1, a eu beau s'en plaindre à l'arbitre, il a fini par écoper d'un carton jaune lorsqu'il a enjambé les panneaux publicitaires pour aller s'expliquer. "Tout au long de la première mi-temps, une personne en tribune n'a cessé de tenir des propos racistes, très durs, dont je vous épargnerai les mots. Ce ne sont pas des mots à entendre", raconte le joueur, interrogé par L'Equipe.fr.

 

On passera sur l'influence qu'a pu avoir le carton jaune attribué à Ouaddou sur le match, pour s'arrêter sur l'essentiel. Encouragé par la police, le joueur a porté plainte, alors que le spectateur incriminé a été interpellé. Sur le site du quotidien sportif, il explique que ce n'est pas pour demander quelque réparation, mais pour que le "pseudo-supporter" soit sanctionné, "et peut-être interdit de stade". C'est aussi le souhait de Carlo Molinari, président du club lorrain, qui a également porté plainte. Mais c'est une décision qui paraîtrait presque minimale, au regard du fléau que représente le racisme dans les stades. La Ligue de Football professionnel a d'ailleurs annoncé elle aussi qu'elle allait se pourvoir en justice. "Face à ce type de comportement déviant, il n'y a qu'une seule réponse: c'est une extrême fermeté dans la répression. Je ne veux plus de ces gens dans nos stades. Cela veut dire répression judiciaire et la Ligue portera plainte dès demain aux côtés du joueur contre l'individu en question. Ce n'est pas tolérable", a déclaré son président, Frédéric Thiriez, sur RTL. Pas tolérable, pourtant la mésaventure messine de Ouaddou est loin d'être un cas isolé, en France comme en Europe.

Joueurs et entraîneurs ne montrent pas tous l'exemple

Mi-septembre, l'attaquant burkinabé de Libourne-Saint-Seurin (Ligue 2) avait été exclu après avoir adressé un bras d'honneur au public bastiais. Le joueur avait expliqué avoir été victime d'insultes racistes de la part de certains supporters corses. Condamné par les tribunaux sportifs, le club de l'île de Beauté avait été jugé responsable de ses supporters et s'était vu retirer un point. Les joueurs ne sont pas en reste. L'année dernière, l'attaquant Tchèque de Lyon Milan Baros avait suscité une controverse, en se bouchant le nez devant le Camerounais de Rennes Stéphane M'Bia, et en tentant de donner une interprétation policée de son geste... Il avait été suspendu trois matches, une sanction que beaucoup ont dénoncé comme pas assez radicale.

Ailleurs en Europe, les cas se sont aussi multipliés ces dernières années. Samuel Eto'o, vedette camerounaise du FC Barcelone, avait voulu quitter le terrain lors d'un match face à Saragosse où le public l'avait violemment pris à partie, l'insultant et lançant des cris de singe qui l'avaient déjà frappé la saison précédente. Quant à Marc Zoro, autre Camerounais, il avait fondu en larmes sous les injures du public de l'Inter Milan. En Italie, certains publics sont même connus pour leurs positions extrémistes, à l'image des fascistes qui peuplent certaines travées du Stade olympique de Rome pour soutenir la Lazio. Le hooliganisme trouve aussi, en partie, son origine dans les confrontations raciales. En Grande-Bretagne, il a notamment été nourri par une fierté nationale entretenue par le National Party, et mise en exergue dans le film This is England.

Depuis quelques années, l'Union européenne de football (UEFA) a fait, au moins dans les mots, de la lutte contre le racisme une priorité. Mais les joueurs et entraîneurs sont parfois les premiers à montrer le mauvais exemple. Luis Aragones, sélectionneur de l'Espagne, avait traité Thierry Henry de « sale nègre ». Ce même Henry, nommé « ambassadeur de la fédération internationale contre le racisme » a d'ailleurs créé une fondation, « One 4 All », pour tenter de combattre ce problème. Qui touche la société dans son ensemble, mais se rend particulièrement visible sur les terrains de football.

 

Renault reconnu coupable de discrimination raciale

 

 LEMONDE.FR

02.04.08  

 

La cour d'appel de Versailles a reconnu Renault coupable de discrimination raciale à l'encontre de deux ex-salariés, mercredi 2 avril. Ceux-ci estimaient avoir eu des carrières moins intéressantes que leurs collègues blancs à cause de leur origine. L'entreprise automobile a été condamnée à verser à Lucien Breleur, employé comme électricien automobile de 1971 à 2003, 80 000 euros de dommages et intérêts et 8 000 euros au titre du préjudice moral, en réparation du blocage de carrière et du maintien de sa rémunération à un niveau inférieur à ce qu'il aurait dû être. Après l'adoption de la loi contre les discriminations en 2001, M. Breleur avait décidé de saisir la justice.

 

Lucien Breleur

 

Le constructeur a également été condamné à verser à Daniel Kotor, ouvrier spécialisé puis agent administratif de 1983 à 2004, 60 000 euros de dommages et intérêts et 8 000 euros au titre du préjudice moral.

 

'BOUGRE DE NÈGRE'

 

'Il revenait à Renault de prouver que ces deux salariés pourtant bien évalués, motivés et bons équipiers, n'avaient pas été bloqués dans leur carrière à cause de leur origine', a expliqué Me Florence Laussucq, conseil des deux ex-salariés. 'En l'absence de preuve, Renault est implicitement reconnu coupable de discrimination raciale', a-t-elle ajouté.

 

Après l'étude de propositions d'évolution de carrière de dix salariés, la cour a estimé que 'les autres salariés ont tous eu une évolution plus importante que celle de MM. Breleur et Kotor', alors même que ces derniers étaient bien évalués. Un représentant du personnel avait par ailleurs versé au dossier une attestation qui rapportait que M. Kotor avait été traité de 'singe' et de 'bougre de nègre' par sa hiérarchie. Chez Renault, Sophie Perrier, attachée de presse, fait part de son incompréhension. D'après elle, jamais son entreprise n'avait été sanctionnée auparavant pour discrimination raciale. Elle rappelle par ailleurs l'engagement de Renault en faveur de la diversité.

 

Sophie Perrier

 

La cour a en revanche débouté trois autres salariés de leurs demandes de réparation au titre de la discrimination raciale. Ces cinq salariés avaient été déboutés de leur demande par le conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt, qui, en décembre 2005, avait estimé ne pas avoir constaté de fait relatif à une discrimination raciale dans la gestion du personnel chez Renault.

 

http://www.marseillesolidaire.org/spip.php?article1351

 Lutte anti-discrimination : la Halde se ridiculise !

samedi 19 avril 2008

 

Au moment où Renault, dont le président de la Halde était le patron, se fait épingler pour discrimination raciale, le « super testing » organisé par la haute autorité s’avère être un vaste foutoir.

Louis Schweitzer, président de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations), obligé de poursuivre Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, pour discrimination raciale ?

Avouez que la scène mériterait l’oscar du ridicule ! C’est pourtant ce qui aurait pu se passer.

Le 2 avril dernier, la cour d’Appel de Versailles a en effet condamné le constructeur automobile pour discrimination raciale envers deux anciens salariés. Les carrières de Lucien Breleur, électricien automobile, et Daniel Kotor, ouvrier spécialisé puis agent administratif, tous deux noirs, n’ont pas suivi la même évolution que celles de leurs collègues blancs, sans aucune raison valable, ont estimé les magistrats.

 

Avant de conclure à la discrimination raciale en s’appuyant, notamment, sur des témoignages évoquant les insultes racistes (« singe » ou encore « bougre de nègre ») dont Daniel Kotor était l’objet de la part de sa hiérarchie. Or, ces faits se sont déroulés alors que Louis Schweitzer était PDG de Renault. Un comble ! La discrimination : plus on la cherche, moins on la trouve Dans la même veine absurde, toujours le mercredi 2 avril, le Canard Enchaîné révélait les gros dysfonctionnement du testing géant réalisé par Jean-François Amadieu, membre du comité consultatif de la Halde et président de l’Observatoire des discriminations, pour le compte de la Haute autorité.

 

Avec un budget pharaonique de 570 000 €, cet ambitieux testing sur la discrimination à l’embauche vise 20 grandes entreprises - telles Bouygues, Accor, Total, Lagardère, etc. Cinq mille six cent faux CV ont été envoyés, 300 lignes téléphoniques avec répondeur ont été ouvertes pour recevoir les réponses des entreprises.

 

Résultat : l’étude montre que dans certaines sociétés, les CV bronzés ont 50% de chances de moins d’obtenir un rendez-vous que leurs homologues blancs.

 

Seulement voilà : si les entreprises n’ont pas répondu aux CV, ce n’est pas par racisme, mais parce que certains courriers ne sont jamais arrivés, d’autres étaient mal rédigés ou ne correspondaient pas aux offres. Parfois encore, c’est le numéro de téléphone indiqué dans la candidature qui était faux. Quand ce n’étaient pas les réponses favorables des sociétés qui étaient répertoriés comme des fins de non recevoir… Bref, ça la foutait mal. A tel point que, face à la grogne des entreprises injustement taxées de discrimination, le service juridique de la Halde a décidé de faire intégralement re-vérifier les résultats du testing (qui a déjà coûté 400 000€) avant leur publication prévue pour la fin du mois…

 

Au final, que nous montrent ces deux affaires ? Que la discrimination, c’est comme le sucre dans le lait chaud, comme disait Coluche : elle est partout et on ne la voit pas, et plus on la cherche, moins on la trouve !

 

Publié dans world

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