L'échec de l'intégration des Noirs en France

Publié le par hort

L'échec de l'intégration des Noirs en France 

par  Gaston-Jonas Kouvibidila
 
 
Dans son essai traitant de la situation des Noirs de France, Gaston-Jonas Kouvibidila se livre à une analyse sans concession, évalue les responsabilités et propose des solutions. Les Noirs en France ? ils ont le sort le moins enviable, pour ne pas dire le pire, parmi toutes les populations qui composent la société cosmopolite française. Est-ce parce qu’ils sont moins bons que les autres, moins qualifiés, moins courageux, bref moins méritants ? Bac +5 ou bac –5, en situation régulière ou sans papiers, le Noir doit continuellement faire face à une réalité : le rejet, le mépris, la suspicion permanente à son égard. On lui fait porter tous les chapeaux, c’est lui qui résume tous les problèmes de la France. Puis on dit tout simplement 'ils ne veulent pas s’intégrer ces Noirs, ils n’ont qu’à retourner chez eux, ils n’aiment pas la France'.

Le défaut d’intégration, voilà comment on tente d’évacuer le problème. Si tous reconnaissent que la situation des Noirs en France est lamentable, dégradante, il importe cependant de se demander quelles en sont les causes, mais alors les vraies causes ; il est nécessaire de faire un bilan général et complet de cette question afin de diagnostiquer le mal et trouver un remède adéquat, plutôt que de prétendre soigner la maladie en s’occupant juste de baisser la fièvre, qui va remonter inévitablement si le mal n’est pas traité.

Baisser la fièvre, c’est ce que fait l’Europe en déployant tous les moyens afin de protéger ses frontières, prises toujours d’assaut par les clandestins malgré les échecs, malgré la mort. Et ceux qui ont réussi à franchir ces frontières, à s’installer en Europe, connaissent-ils des jours heureux ? Se sont-ils construit la vie dont ils avaient rêvé ? Il faut signaler d’ailleurs que tous ne se sont pas ‘‘incrustés’’ dans la société européenne, nombreux se trouvent là naturellement, et même parmi ceux qui immigrent, clandestinement ou pas, c’est presque un droit de se trouver là, vu le passé qui lie leur pays d’origine au pays d’accueil.

Dans son ouvrage L’Echec de l’intégration des Noirs, paru chez L’Harmattan en novembre 2007, Gaston-Jonas KOUVIBIDILA tire la sonnette d’alarme en ce qui concerne la situation des Noirs en France : si rien n’est fait en profondeur, les gouvernements ont beau se succéder, la France a beau se plaindre du nombre toujours croissant des immigrés et des problèmes que ceux-ci leur posent, elle a beau verrouiller ses portes, la situation n’est pas près de changer.

Non seulement ce chercheur en Histoire et en Sciences de l’Information et de la Communication nomme les choses dans son livre, car 'il faut nommer la réalité des problèmes pour agir contre les discriminations' (1), mais encore il propose des solutions pour sortir de ce marasme social et politique.

Pour ceux qui ignorent ou font semblant d’ignorer pourquoi les Noirs viennent en France, l’auteur fait un rappel historique, renforcé par les propos du Béninois Albert Tévoèdjéré qui rappelle, dans sa lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, que 'la traite négrière, la langue commune et le sang versé et mêlé lors des deux guerres mondiales justifient 'un droit à la France' des peuples d’Afrique' (2).

Dans l’ensemble, le livre dénonce cette hypocrisie et cette malhonnêteté qui consiste à appeler à soi des êtres qui n’avaient rien demandé, à les exploiter au maximum, puis à vouloir se débarrasser d’eux dès qu’on a pressé tout le jus ou lorsqu’il faut gérer les conséquences liées à la présence de ces êtres : c’est une honteuse fuite de responsabilités. Un proverbe congolais dit 'olo mbua, zolo kasa', ce qui veut dire que si on aime ou si on veut avoir un chien, il faudra supporter ses puces, mais (pour faire le parallèle avec un proverbe français) il ne faut pas l’accuser de rage pour pouvoir le noyer la conscience tranquille.
 
Nicolas Sarkozy a décrété que l’immigration en France devrait désormais être choisie et non subie. Toute la société d’ailleurs pense que la France ne peut accueillir 'toute la misère du monde'. Mais on oublie que 'la misère en question, notamment celle d’Afrique noire, est parfois – peut-être même souvent – provoquée par les pays riches qui considèrent toujours ce continent à la fois comme réservoir de matières premières, marché de produits manufacturés, ce qui n’a pas changé depuis l’époque coloniale, et terrain d’expérimentation de nouvelles armes et de concurrence économique entre puissances.

Instrumentalisés et manipulés au nom des intérêts économiques, les dirigeants politiques montent les populations africains les unes contre les autres alors qu’elles ont toujours vécu en paix. Elles se font la guerre, prétendument tribale. Jusqu’au génocide, sous le regard amusé ou complice des armées venues protéger les ressortissants de leur pays. Après on s’étonne que cette misère s’invite à la table des nantis, responsables directs ou indirects de la plupart de ces guerres.' (3)

L’auteur n’épargne pas ces dirigeants africains qui, non seulement sont les complices de ces puissances, mais ne créent pas les conditions qui permettraient aux nombreux jeunes qui rêvent de l’eldorado européen de rester chez eux. Ce sont eux, les 'responsables de l’émigration et de la mort de centaines de jeunes Africains engloutis dans les mers, déchirés et blessés dans les fils barbelés de la frontière européenne et ensevelis dans le sable brûlant du Sahara.' (4)
Pourtant ces fils barbelés ne seraient plus utiles, le nombre de clandestins qui vont se livrer à la mort ou qui pensent trouver le paradis en Europe alors qu’ils se préparent aux pires humiliations se réduirait considérablement si seulement des mesures étaient prises.

Gaston-Jonas Kouvibidila en appelle à la responsabilité des Européens et des Africains. Parmi les nombreuses propositions de l’auteur, on peut citer, parmi les responsabilités des Européens :

- laisser les Africains gérer leurs richesses et signer des contrats honnêtes avec les partenaires de leur choix
- laisser les Africains fixer les prix de leurs matières premières et les négocier, sans représailles, sur le marché international. C’est le combat des Alter-mondialistes aujourd’hui
- cesser de fabriquer des coups d’Etat pour imposer des hommes de paille protégeant les intérêts des pays riches
- cesser de vendre les armes qui alimentent les conflits armés et déciment les populations
- ne pas faire de l’Afrique un terrain d’affrontements entre fabricants d’armes, ce qui crée des crises armées qualifiées malhonnêtement de tribales ou d’ethniques par les pays du Nord
- cesser de piller le pétrole
parmi les responsabilités des Africains :
- cesser de se laisser téléguider par les pays riches
- créer des conditions pérennes de stabilité politique et sécuritaire propices à l’entreprenariat
- améliorer la santé et l’éducation dans les pays africains pour favoriser le dynamisme de l’économie
- mettre en place une justice forte et des médias indépendants... (5)

Ce ne sont là, rappelons-le, que quelques unes des solutions proposées par l’auteur. Parfois il s’agit tout simplement pour ce dernier de répondre aux idées qui circulent en France, idées selon lesquelles par exemple 'les immigrés grèvent le budget de la sécurité sociale', ou que les jeunes Africains sont cause du mal-être en France : incivilités, délinquance, violences, oisiveté...'Ils ne s’agit là que des conséquences d’une situation que l’on occulte souvent : les conditions sociales, dramatiquement désavantageuses, dans lesquelles vivent ces jeunes et leurs parents, et pour lesquelles la société est principalement responsable' (6), répond Kouvibidila. Sans vouloir exonérer ces actes incivils, il montre comment les discriminations 'éhontées', le chômage, la précarité, la ghettoïsation, les difficultés à se loger jettent les jeunes dans la rue et dans révolte.

En fait la société française a un travail à faire : elle doit soigner le regard qu’elle porte sur les enfants issus de l’immigration. Elle doit les regarder comme ses enfants. La tension qui s’observe actuellement dans les relations entre nationaux et descendants d’immigrés s’en trouverait fortement apaisée. 'C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer.' (7)

A lire absolument :
L’Echec de l’intégration des Noirs en France, de Gaston-Jonas Kouvibidila, Editions L’Harmattan, 354 pages, 34.50 €.
 

Publié dans African diaspora

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