«Sarkozy s’inscrit dans la dynamique de légitimation du racisme par les élites»

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«Sarkozy s’inscrit dans la dynamique de légitimation du racisme par les élites» 

 par Isabelle Duriez
 22 novembre 2007
 
Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, et intellectuel sénégalais vivant à Paris, a accusé, devant les Nations unies, le président Sarkozy de «légitimer le racisme»
.
Pensez-vous vraiment que Nicolas Sarkozy soit raciste ?
 
Non, je n’ai jamais dit qu’il était raciste. S’il l’était, il n’aurait pas nommé Rama Yade ou Rachida Dati au gouvernement. Mais, par son discours à Dakar [prononcé le 26 juillet, ndlr], il s’inscrit dans ce que je dénonce, dans mon rapport à l’ONU, comme une dynamique de légitimation scientifique et intellectuelle du racisme par les élites. Je cite en particulier le prix Nobel James Watson, qui a affirmé que les Noirs sont moins intelligents que les Blancs. Le discours de Dakar relève expressis verbis des discours racistes des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.
 
 A l’époque, une abondance de textes légitimaient la colonisation en la présentant comme une entreprise de civilisation pour apporter les lumières à l’homme africain. Sarkozy reprend presque les mêmes arguments. Certes, il dénonce la colonisation en tant qu’entreprise d’exploitation économique. Mais cela n’a pas de sens si c’est pour reprendre son argument fondateur : l’infériorité intellectuelle des Africains. Ce discours a profondément blessé en Afrique. Je crois que ceux qui l’ont écrit et lu n’ont pas assez réfléchi à sa portée.
 
A quoi faites-vous référence quand vous dénoncez le racisme des élites françaises ?
 
Je peux vous citer plusieurs exemples récents. Pascal Sevran, qui a justifié le sous-développement du continent africain par la sexualité de l’homme africain. George Frêche, un homme de gauche, pour qui il y a trop de Noirs dans l’équipe française de football. Hélène Carrère d’Encausse, qui a expliqué les émeutes des banlieues par la polygamie des Africains. Il y a un courant profond chez ces intellectuels qui se lâchent littéralement et banalisent des concepts racistes. Ces déclarations ont été condamnées du bout des lèvres par des murmures réprobateurs.
 
Quand on ne condamne pas, il y a connivence, et c’est cela qui est grave. Le discours xénophobe et raciste de l’extrême droite finit par s’infiltrer dans celui des partis démocratiques. Simone Veil, qui est une femme remarquable, le sait très bien : parce qu’elle est juive et qu’elle a la mémoire de la construction intellectuelle de l’antisémitisme, elle s’est immédiatement dissociée des tests ADN pour le regroupement familial.
 
Comment expliquez-vous cette dynamique ?
 
L’Occident connaît une crise identitaire grave parce que les identités nationales, constituées pour justifier les Etats nations, ne sont plus conformes aux réalités multiethniques de ces sociétés. Or, les intellectuels se pensent comme étant, en quelque sorte, les gardiens de ces identités nationales.
 
Ce clash entre identités constitutrices et réalité multiethnique déclenche ces éructations. Ces élites ont peur du multiculturalisme. Paradoxalement, il y a une bonne nouvelle derrière le fait que ces intellectuels se lâchent comme ça : la preuve que le multiculturalisme fait des progrès.


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