La saltimbanque de l'information

Publié le par hort

Les piètres saltimbanques de l’information
Philippe Randa
 
Qui peut encore douter que nous évoluons chaque jour un peu plus dans la société du spectacle ? L’été peut-être davantage encore que le reste de l’année. Pour s’en convaincre, que les derniers sceptiques assistent aux journaux télévisés français et calculent le temps de commentaires des sujets traités.

La disparition de Michel Serrault, voilà quarante-huit heures, en est le dernier exemple en date. Sur une demi-heure en moyenne que dure un « JT », quelle que soit la chaîne, plus de vingt minutes ont été consacrées à ce saltimbanque, certes talentueux, emporté par la maladie. Personne ne peut se réjouir de la disparition de ce Monsieur du 7e Art, même ceux qui pouvaient ne pas toujours apprécier ses outrances bien particulières d’acteur.

Que les deux plus importantes chaînes de télévision bouleversent leur programme le soir même pour lui rendre hommage est de tradition et aucun télespectateur digne de ce nom ne peut regretter qu’ait été rediffusé à cette occasion Le Bonheur est dans le pré, petit joyau d’humour cinématographique… sauf sans doute les éternels coincés des zygomatiques !

Mais que la disparition de Michel Serrault soit ainsi élevée par les médias au rang d’un véritable drame national a tout de même quelque chose d’inconvenant. Inconvenant lorsqu’on songe qu’on est loin d’en faire autant, – c’est le moins qu’on puisse dire et encore quand on fait quelque chose ! – lorsqu’un savant dont les recherches ont permis de sauver des millions de vies ou simplement de soulager les souffrances de millions d’autres, a croisé le chemin de la camarde. Évidemment un savant qui découvre un remède, ce n’est guère médiatique. Même les malades concernés retiendront à peine son nom et l’intéressé devra se contenter, pour toute postérité, d’être cité à l’intérieur de quelques austères dictionnaires spécialisés.

Décidément, rien n’a changé depuis l’Antiquité… Juvénal est l’auteur de la célèbre formule « Du pain et des jeux » pour évoquer les besoins fondamentaux du peuple de Rome qui vivait alors dans la misère. Les ASSEDICS, le RMI et désormais le RSA (Revenu de solidarité active) pourvoient faute de mieux aux besoins alimentaires de plus en plus de citoyens… Pour la misère intellectuelle d’un plus grand nombre encore, il y a désormais les piètres saltimbanques de l’information…
 
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