Contrefacon du livre de Sylvia Serbin

Publié le par hort

Déni de propriété intellectuelle
 
Une contrefaçon du livre "Reines d'Afrique et héroïnes de la diaspora noire"
publiée en Allemagne
 
L'auteur, Sylvia Serbin, met en cause les éditions Sépia (France)
et Peter Hammer Verlag (Allemagne)
 
 
Plébiscité par un large public dès sa sortie en France, grâce au bouche-à-oreille, cet ouvrage qui présente 22 portraits de femmes ayant marqué l'histoire de l'Afrique et de la diaspora noire, de l'antiquité au début du 20e siècle, subit décidément une étrange destinée. En lieu et place d'une version allemande attendue, voilà que paraît sur le marché une contrefaçon dont j'ai découvert la sortie par hasard, sur Internet. Intitulée Königinnen Afrikas, elle a été réalisée par les éditions Peter Hammer Verlag que je ne connais pas du tout, puisqu'ils ont traité directement avec Sépia, mon éditeur français.
 
Or ce que nous avons découvert, lorsque j'ai enfin pu prendre connaissance du texte de cet ouvrage, apparemment après édition, est sidérant. Dès l'introduction, des pans entiers de l'original ont été supprimés et plusieurs portraits réécrits en falsifiant complètement mes idées. L'éditeur allemand s'est octroyé le droit de dénaturer non seulement mon texte mais aussi l'iconographie et la bibliographie, où des sources dont j'ignore le contenu ont été rajoutées. Quant au style, il est carrément affligeant ! Alors que j'avais privilégié une certaine qualité d'écriture, ils ont usé d'une rédaction infantile, souvent confuse et truffée de contrevérités et de réinterprétations grotesques, sans aucun respect de ma démarche scientifique. Bref, on a utilisé mon nom pour lancer une production suspecte, gravement préjudiciable à ma réputation d'auteur et d'historienne.
 
Des dates, des faits, des noms de gens ont été changés, des hypothèses et allégations farfelues sont venues effacer ce patient travail de synthèse historique basé sur de longues années de recherches qui m'ont coûté un important effort financier. Comme si on voulait décrédibiliser ma contribution. Quelques exemples. Concernant le portrait que je fais de la mère de Chaka, empereur des Zoulous au 19e siècle, tuée par son fils, la version allemande fait sauter plusieurs paragraphes décrivant le désarroi des populations spoliées de leurs terres par l'expansion hollando-britannique en Afrique du Sud, ainsi que la narration de l'assassinat de Nandi, et les remplace par cette phrase : « Chaka n'a pas tué Nandi. Elle serait morte de la dysenterie. Au moment de sa mort, Chaka se trouvait, ce que prouvent les sources écrites, en compagnie d'un Anglais, à la chasse aux éléphants ».
 
Autre exemple, mon texte sur Néfertiti, amputé de toute la partie historique sur l'Egypte ancienne et presque entièrement réécrit pour laisser place à de ridicules descriptions de bas reliefs, du style : « Néfertiti, qui guide le cheval, offre ses lèvres à Akhenaton pour un baiser. Sur ces illustrations, la reine porte de longs vêtements légers ou transparents qui laissent apparaître son corps et son exceptionnelle beauté. La joie de vivre, la sensualité et l'émotion qui parlent dans ces images laissent entrevoir, d'un côté la réalité de la vie du temps à Amarna, et d'un autre côté aussi honore et loue le dieu Aton pour sa création et sa grandeur sous les rayons desquels tout se trouve.»
 
Ou encore cette stupéfiante légende sous la photo d'un tabouret (?) : « Siège posé sur une figurine Luba/Kongo…Les chefs politiques africains avaient coutume d'utiliser des esclaves pour s'asseoir comme sur une chaise,ce qui rappelle la réception de la reine Zingha chez le gouverneur portugais d'Angola ».
Voilà ce qu'ils ont fait de mon livre, et c'est ainsi dans la quasi totalité des portraits.
 
Je n'imaginais pas qu'on puisse émasculer si grossièrement le contenu d'un ouvrage, à l'insu de son auteur, pour en travestir l'esprit et la forme
 
Tout cela me dépasse complètement d'autant que j'ai été maintenue totalement à l'écart de cette opération. Pourtant en août 2006, j'avais pris soin d'adresser une lettre recommandée à mon éditeur pour lui préciser que je tenais à faire vérifier la conformité de la traduction avec la version originale avant l'édition du livre. Une précaution que j'avais dû prendre après avoir eu copie d'un mail en anglais de l'éditeur allemand, annonçant à Sépia son intention de ne pas garder dans sa version mes portraits de résistantes à l'esclavage, à savoir la Mulâtresse Solitude de Guadeloupe et l'Américaine Harriet Tubman, au motif que « ça n'intéresserait pas le public allemand ». Il n'évoquait même pas la possibilité d'en aviser l'auteur ! Bien entendu je m'y suis opposée en objectant que mon livre se voulait une contribution sur le passé des peuples noirs, et non un produit de consommation modifiable à l'envi selon les goûts ou les couleurs de tel ou tel  public.
 
Puis fin octobre, ayant découvert mon nom sur un site allemand, je suis tombée sur un grand nombre d'annonces dans la presse et chez des opérateurs de vente en ligne, faisant état de la parution de ce Königinnen Afrikas (avec une couverture différente) pour le 15 novembre. Quelques jours plus tard, en communication téléphonique avec l'assistante de Sépia, je l'informai avoir appris la parution imminente du livre sur Internet et que visiblement tout cela s'était fait sans moi.
 
Une semaine plus tard, le 13 novembre, soit deux jours avant la sortie présumée du livre, je recevais de Sépia une épreuve de la traduction. Je pus seulement constater que les deux chapitres menacés y figuraient finalement et découvris avec surprise une bonne dizaine d'illustrations sans rapport avec mes textes. J'ai pensé que Sépia avait dû les autoriser, puisque pendant toute la phase de traduction personne ne s'était soucié de m'approcher pour quoi que ce soit. Mais compte tenu des difficultés à entrer en communication avec mon éditeur, ma priorité était d'abord de me faire une idée du texte avant de lui demander des explications.
 
Ne parlant pas l'allemand et n'ayant pas les moyens de recourir à un traducteur professionnel, il m'a fallu chercher quelqu'un pour m'éclairer sur ce contenu. Une jeune étudiante de mon entourage a commencé à s'y atteler. Mais ce qu'elle trouvait était si différent de l'original qu'elle craignait de se tromper, ne maîtrisant pas parfaitement cette langue. Entre temps, une dizaine de jours après que le manuscrit me soit parvenu, j'ai eu un appel d'une autre assistante de Sépia me demandant si je l'avais lu. Je lui ai dit qu'en si peu de temps il n'avait pas été possible de le faire traduire. Elle a voulu savoir si j'avais des remarques à formuler. Surprise, je lui ai répondu qu'à aucun moment on ne m'avait posé cette question et qu'apparemment le livre semblait déjà être sur le marché. Elle m'a alors demandé de faire une lettre disant que j'étais d'accord avec la traduction. Ce que j'ai refusé, arguant que je n'avais reçu aucun courrier sollicitant mon avis.
 
En janvier dernier, je pus enfin me procurer le livre grâce une relation en déplacement en Allemagne. D'ailleurs à ce jour, Sépia ne m'a toujours pas informée de sa sortie. Ce qui laisse supposer que si je n'avais pas eu l'information via Internet, je n'en aurais rien su ! J'ai alors fini par trouver une enseignante allemande bilingue qui a accepté de m'aider pour la traduction. Et là, ce fut le choc de découvrir que mon travail avait été tronqué.
 
J'ai remis l'affaire entre les mains d'un avocat et nous avons entrepris une action en référé pour que soit suspendue la vente en Allemagne où d'après ce que j'ai su, le titre – dont j'ignore le nombre d'exemplaires, a attiré beaucoup de lecteurs. Je me suis donc retournée contre mon éditeur afin qu'il contraigne son partenaire à stopper la vente, puisque d'après le contrat nous liant pour Reines d'Afrique, Sépia est « responsable du contrôle des cessions de droits et de la garantie du droit moral de l'auteur ». De plus, le contrat - en anglais - qu'il a signé avec son partenaire allemand – et dont j'ai eu copie après plusieurs réclamations-, stipule bien qu'aucune modification ne peut intervenir dans la traduction sans accord de l'auteur.
 
Autre précision, c'est encore par hasard que j'ai appris en avril 2005 lors d'un Salon, par un Allemand oeuvrant dans l'édition dans son pays, que Sépia avait vendu les droits de traduction de Reines d'Afrique en Allemagne. J'ai attendu longtemps d'en être informée par mon éditeur. Et c'est presque un an après, alors que je lui avais adressé une lettre pour des problèmes de droits d'auteurs et de diffusion du livre, dans laquelle j'indiquais également avoir eu connaissance d'une transaction avec l'Allemagne datant de plusieurs mois, que celui-ci m'a enfin annoncé par retour de courrier en février 2006, qu'il venait juste de recevoir (!) une proposition d'un éditeur allemand. Ce qui expliquerait peut-être sa réticence à m'adresser une copie du contrat, dont je n'ai reçu que fin juillet un exemplaire non daté, et où mon nom, en tant qu'auteur, n'apparaît nulle part. Evidemment je n'ai pas non plus reçu la moitié (500 euros ?) de l'à-valoir versé à Sépia lors de la signature du contrat allemand, et qui était censé me revenir.
 
J'espère qu'on ne considère pas qu'il puisse y avoir des auteurs de seconde zone n'ayant pas droit aux mêmes protections et à la même loi que les autres
 
Ma crainte c'est le jugement rendu le 10 mais dernier par le Tribunal de Créteil -compétent selon le lieu de résidence de mon éditeur français. En effet, bien que constatant la contrefaçon, celui-ci a déchargé Sépia de toute responsabilité, estimant que la traduction n'était pas de son fait. Il a également jugé que, ne connaissant pas la loi allemande, il ne pouvait statuer sur un référé dans ce pays. Sépia ne donnant pas suite à ma demande de résiliation du contrat Reines d'Afrique et de celui de son partenaire allemand, je me vois obligée de poursuivre l'action sur le fond, espérant qu'il se trouvera bien quelqu'un pour s'inquiéter de telles dérives. Car on aurait pu attendre de mon éditeur qu'il cherche à préserver l'intégrité de l'œuvre qui lui a été confiée, en demandant par exemple réparation à son partenaire. Mais il se réfugie derrière le fait qu'un manuscrit m'a été adressé en novembre, en restant muet sur la date de publication en Allemagne, qui, en outre, n'apparaît pas dans le livre. Or mon action fait justement suite à la découverte d'une contrefaçon ! Bref un mépris et une désinvolture insultants, et le tiroir caisse plutôt que le droit moral.
 
Faut-il donc se laisser déposséder impunément de sa propriété intellectuelle ? Des pratiques aussi douteuses ne sont certainement pas tolérées dans le monde de l'édition, mais j'espère qu'on ne considère pas comme établi qu'il puisse y avoir des auteurs de seconde zone n'ayant pas droit aux mêmes protections et à la même loi que les autres. Ce que je souhaite, c'est qu'on mette fin à cette escroquerie morale et financière que constitue le détournement abusif de mon livre. Car comment expliquer leur motivation, sachant que Sépia a toujours refusé de s'intéresser à une diffusion anglophone de Reines d'Afrique, dont la traduction m'était pourtant vivement réclamée en Grande Bretagne et par des universitaires Afro-américains ? Ces gens ont récupéré mon nom et le titre de mon œuvre à leur profit, dans le but évident de tronquer un contenu dédié à l'histoire de l'Afrique et de sa diaspora. Il faut qu'on sache que mon Reines d'Afrique n'a rien à voir avec les inepties diffusées par cette soi-disant traduction qui continue de se vendre tranquillement, au risque de me fermer un lectorat de qualité dans l'espace germanophone. 

Franc-parler de Hort
 
Cette affaire m'attriste énormément, puisque je connais Sylvie Serbin personnellement. Elle est une grande bosseuse, par conséquent, avoir son travail volé si ignominieusement doit est très douloureuse pour un écrivain.  Cependant, elle n'est pas la seule victime de ce problème, il y a des centaines de médecins, de chercheurs, d'inventeurs et j'en passe, qui sont abusé tous les jours de cette manière en Afrique et dans la diaspora mais cela se passe toujours sur silence. En effet, quand il s'agit des noirs la propriété intellectuelle n'est jamais respecté. Il suffit de regarder comment on traite les produits africains à l'occident. Par exemple, la beurre de karité que les occidentaux commercialisent à leur gré, qui le protège ? J'espère que cet incident vont inciter la communauté noire en France à mettre en place une/des structures pour mieux protéger la propriété intellectuelle des créateurs de notre communauté. C'est temps de mettre un terme à la façon dont on traite les peuples d'origines africaines.

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